jeudi, 16 avril 2020 15:56

Rencontre avec Frédéric Oudéa - 16 avril 2020 Spécial

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Rencontre avec Frédéric Oudéa - 16 avril 2020

Rencontre avec Frédéric Oudéa - Caroline Guillaumin - Frédéric Clavière Schiele
CGT : Philippe Fournil - Ludovic Lefebvre
CFDT - CFTC - SNB

Traditionnellement, quand il reçoit les délégués syndicaux, Frédéric Oudéa entre rapidement dans la salle du petit conseil quand tout le monde est installé depuis quelques instants, en serrant des louches à tout le monde, accompagnées d’un « bonjour » bien accentué pour chaque participant. Même si le format de la réunion était très différent de ce matin , il aura respecté le protocole en arrivant le dernier, tout en s’excusant de n’avoir qu’une heure et demie à consacrer aux délégués nationaux des syndicats représentatifs ainsi réunis en conf call.
Après un mois de confinement, tout le monde est maintenant rompu à l’exercice des réunions en téléconférence.

«J'espère que vous allez bien » a-t-il commencé. «On échange dans un drôle de format, mais ce sont les contraintes actuelles » avant de poursuivre par un exposé de la situation au niveau du Groupe.
« On ne connaît pas tous les scenarios de cette crise économique dont l’ampleur est d’une intensité qu'on n'a pas connue depuis la seconde guerre mondiale. On a déjà connu des crises sanitaires, mais pas comme celle-là. Les conséquences seront profondes. On a du mal à mesurer l'ampleur pour l’instant. Elle aura des conséquences principalement sur l'Europe. On voit des différences d'approches, avec une efficacité assez différente.
L'Allemagne semble mieux gérer les choses (point de vue sanitaire et économique).
On va avoir des divergences politiques qui vont être exacerbées … notamment sur la solidarité entre pays.

On a connu des mouvements sur les marchés pires qu'en 2008 2009.

On a limité les conséquences grâce aux banques centrales et aux Etats. Les réponses ont été efficaces et la réactivité a été plutôt bonne.

La SG est représentée partout dans le monde et confrontée à des situations variables, mais ça a bien fonctionné. Le travail à distance n'a pas créé de difficultés - y compris dans les pays dont la consigne officielle n'était pas de se confiner (US, GB). Nous avons réussi à limiter le nombre de cas et les risques pour nos collaborateurs.
C'est plus compliqué en Afrique car il n'y a pas les infrastructures pour gérer le télétravail et le respect des gestes barrières. Nous avons une crainte pour nos collègues.

Sinon, nos activités essentielles fonctionnent partout y compris en Inde.

Globalement, il y aura des impacts financiers très significatifs, très difficiles à estimer. Les dispositifs pour aider les entreprises ont un coût. En 3 semaines on a l'équivalent à traiter de 8 mois de l'année dernière. Si les banques US touchent 3 à 5% de marges, chez nous, c'est sans marge.
On a un quasi arrêt des PPI car ce n’est pas l’urgence pour les gens.

Nous sommes confiants car nos coussins de sécurité sont assez élevés pour absorber le choc.

Nous nous préparons au déconfinement, qui sera assez différent d'un pays à l'autre, avec des contraintes assez différentes aussi. En France, ce sera très progressif.
Après avoir géré la crise, nous allons réfléchir à notre stratégie. Il y a eu des choses assez formidables qui ont été faites (accès VPN). Maintenant, il y a des critères à définir. Peut-être en fonction de la garde d'enfants, de l’état de santé, du type d’activité, etc…). Les conditions de travail seront différentes d'avant. »

Après cette présentation nettement moins solennelle qu’habituellement et plus directe, l’ensemble des représentants syndicaux sont intervenus sur les points qui préoccupent tout le monde.
Augmentation de capital réservée aux salariés ? Reconnaissance financière des salariés ? L’impact à compenser de la baisse de la participation et de l’intéressement ? Suppression des objectifs commerciaux ? Le PGE en 5 jours ? Le cours de l'action ? Risque d’OPA hostile ? L’avenir de Lyxor ? Les résultats des stress test Covid du Groupe ? Pas le moment de démobiliser les troupes de la filière Pro et Entr en leur demandant de poser 10 jours de congés … C’est un truc à se prendre des coups supplémentaires.
D’autant que la « sortie » d’E. Macron lundi soir sur les banques n’est pas une bavure … il a surfé sur la mauvaise réputation des banques pour désigner un coupable. On ne peut pas se permettre de lui donner raison, il faut donc qu’on donne à la filière les moyens de bien faire le job.

Frédéric Oudéa a tenu à préciser que le travail des équipes lui aura permis de se concentrer sur les priorités de la SG et de son mandat à la FBF.« Ça m'a bien aidé ».
Sur la reconnaissance des équipes et des banques, il a concédé que « Nous avons rarement été cités, c'est frustrant mais c'est la vie ». Il s’est félicité que les relations avec Bruno Lemaire soient plus positives, que le travail avec le ministère de l'économie et le gouverneur de la banque de France se passe bien.
L'environnement économique va impacter les résultats des banques et donc, influer sur le cours de bourse. Tout comme le retrait des dividendes. « Mais on travaille sur nos ratios. On saura faire face. On n'a pas de stress test mais nous savons absorber les chocs majeurs. »
Des activités vont être affectées plus que d'autres. « Quand on regarde nos implantations, on aura des situations très différentes. »

« La confiance dans le secteur bancaire demeure. Les banques centrales sont en appui du secteur et c'est très positif.
Les régulateurs aident en décalant les projets. Au total, la coordination est plutôt positive sur ces enjeux. »

Les contraintes vont être très fortes à l'avenir pour que les banques soient focalisées sur le financement de l'économie. On peut s’y attendre et donc ce n'est pas une période propice à la concentration. Chacun va être focalisé sur sa situation et les risques.
En termes de M&A, rien ne se fera en 2020. Tout est gelé.

Concernant une éventuelle augmentation de capital : « on n'a pas besoin de capital pour faire face à la crise. Il est trop tôt pour parler du capital qui pourrait être nécessaire au rebond. On verra à l'automne. On manque de visibilité et on verra à ce moment-là. Vu le cours actuel, si on laissait penser qu'on a besoin de capital, on prendrait un gros risque. »

Sur le PGE, « nous jouons le jeu, même si on a un vrai défi opérationnel car on a d’un côté 5 jours pour répondre avec une très forte demande des entreprises et de l’autre côté, une activité « particuliers » qui chute. Mais on fait le job ».
Pour les équipements à distance, « on a fait des choses formidables qu'on n'imaginait même pas faire en plusieurs années. Nous allons tirer les conclusions des changements de comportements des clients et il faut prendre le temps de faire ça. On va revoir nos priorités en matière d'investissements (on doit poursuivre nos investissements informatiques). »

« Nous aurons la discussion sur la reconnaissance financière le temps voulu. Nous n'avons pas voulu le faire vite car les gens auraient pu penser que les banquiers se partagent des primes avant même de faire le job ou alors qu'ils ne font pas bien leur travail (PGE). Nous pourrons le faire d’autant plus facilement que nous aurons réussi notre job pendant la crise. J'étais sur le CRC de Nanterre et nous devrons faire quelque chose de bien qui ne génère pas de réactions négatives. »

Sur les congés, « nous avons un principe général, sain, car il faut aussi que les collègues se reposent car la période n'est pas simple. Il faut étaler les congés sur l'année. Nous aurons besoin du travail des collègues tout au long de l'année. Après, il faut s'adapter en ayant des renforts par exemple des collègues dont l'activité baisse. Il faut qu'on continue à améliorer les chaînes pour le financement des entreprises ».

« Les objectifs commerciaux sont suspendus car ce n'est pas "business as usual", c'est évident. »
« Il faut commencer à intégrer les hypothèses de déconfinement et se poser les questions légitimes : quels seront les besoins de nos clients en septembre ? Quelle épargne demain ? Quelle sera la consommation ? Comment va évoluer l'immobilier ? … on ne sait pas répondre à toutes ces questions pour l’instant. Donc on doit prendre le temps de regarder et de réfléchir ».

Sur le dialogue social, « c'est un élément fondamental. Je voudrais vous rendre hommage car vous le faites avec un vrai professionnalisme et c'est un élément important surtout en période de crise. Je peux vous exprimer des choses de fonds, partager des données sensibles, en toute transparence. Vous me remontez des choses toutes aussi importantes. Même si nous avons des désaccords qui resteront. »
« Sur la coordination des banques, elle fonctionne très bien au niveau du PGE. J'ai beaucoup parlé au nom de la FBF et les autres trouvaient ça très pratique dans un premier temps. Mais les concurrents commencent à prendre la parole. »

A la SG, « le travail dans le réseau, c'est un peu tôt pour en parler. Il faut prendre le temps de juger, notamment sur l'évolution des comportements car il va y avoir des changements. Il est trop tôt pour trancher.
Pour le télétravail dans le réseau, il y aura des avantages et aussi des inconvénients. On ne le vit pas de la même manière en fonction de sa situation familiale. On veut prendre le temps de le faire pour être sérieux. »

Plus globalement, sur l’après crise, il a cité l’article des Echos du jour, dans lequel Jean Tirole (prix Nobel d'économie) explique que « la globalisation ne va pas se terminer, mais qu’il faut s'attaquer à ses conséquences négatives ».

Sur un nouveau modèle de société ? « On peut avoir des positions radicales mais il faut en mesurer les conséquences. Je suis attaché à la logique de "banque responsable", que ce ne soit pas un slogan, mais une réalité. Y compris pour les dividendes. Nous ne voulons pas avoir d'angle mort dans nos réflexions. »

Sur les rémunérations des dirigeants ? «On regarde ce qu'on fait. Les baisses annoncées dans l’industrie, le sont en cas de chômage partiel. Il rappelle que personne n'aura de baisse de rémunération à la SG. Les mandataires sociaux sont payés en partie en actions…. Je vous passe le calcul de l'impact sur nos rémunérations. Notre part variable a déjà baissé de 25% depuis le début de l'année (en tenant compte de l’évolution du cours de la SG). On continue à regarder le sujet et les rémunérations des dirigeants bancaires baissera beaucoup plus que les industriels (du fait de leur rémunération en action). »

« Nos échanges sont fondamentaux car la crise commence et les choix seront tout aussi fondamentaux pour trouver les solutions nouvelles. » a-t-il conclu. « Nous aurons certainement des désaccords, mais je resterai à l’écoute et responsable. »

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Lu 3152 fois Dernière modification le jeudi, 23 avril 2020 15:08
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