jeudi, 06 décembre 2018 08:59

NAO - L’accord qui valait 30 deniers - 6 décembre 2018

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Alors que d’autres entreprises ont bien compris que c’était un vecteur de productivité que de bien traiter ses salariés, les propositions de la direction dans le cadre de la NAO Société Générale (négociation annuelle obligatoire sur les salaires) sont bien en dessous des attentes.

C'est la première fois qu'en entrant dans une négociation pour demander une augmentation des salaires, on en ressort avec la volonté de la direction d'une diminution de notre rémunération ! 
Hier les salariés de la BNP ont débrayé à l'appel de tous les syndicats pour manifester leur mécontentement face à une prime de 500€. Le mouvement aura permis de réouvrir les négociations. A la SG, la CGT a proposé une intersyndicale bien en amont des négociations sur les salaires (et l'emploi). Tous les syndicats étaient prêts à travailler ensemble, sauf le SNB qui a refusé. En sombrant dans la campagne électorale (qui explique ses 2 tracts qui comparent les autres syndicats à des autruches attentistes), il franchit la ligne. Au-delà, par une présentation en trompe l'oeil, il vous ment et vous risquez d'en faire les frais.

L’accord salarial que propose cette année la direction à la signature des organisations syndicales contiendrait des éléments significatifs qui autoriseraient sa signature. Bigre ! Quel changement par rapport aux années précédentes !
Examinons de plus près ce qu’il contient : 

1/ Une enveloppe de 7 millions d’euros sur 3 ans pour accélérer la réduction des écarts salariaux entre les femmes et les hommes. Difficile de ne pas être d’accord. Mais il s’agit tout bonnement d’une obligation légale, que de nouveaux textes viennent encore de renforcer. Il ne s’agit donc pas d’une concession de la direction, mais bel et bien d’une mise en conformité partielle avec la législation. 

2/ Des dispositions pour revaloriser les profils d’experts dans le réseau France. Outre que l’engagement est très vague, soulignons que ces salariés sont très prisés de nos concurrents qui n’hésitent pas à sortir le carnet de chèques pour les attirer à eux. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une concession de la direction mais bel et bien d’une mesure de gestion d’urgence destinée à freiner l’hémorragie dans le réseau alors que les sous-effectifs se font déjà sentir partout. 

3/ Une augmentation de 1% des salaires inférieurs ou égaux à 31000 euros avec un plancher de 250 euros. Voilà qui sera bien accueilli par nos 5000 collègues concernés par cette mesure. Mais qu’en est-il des 39000 autres? Et puis soulignons que, au cours de la discussion, la direction a royalement relevé le plafond de 28000 à 31000 euros, ce qui porte son effort budgétaire de 1 à 2 millions d’euros. Soit environ 1% de l’augmentation du Résultat Net Part du Groupe (RNPG) sur les 9 premiers mois de 2018 par rapport à la même période de 2017. RNPG qui se monte à 3721 millions d’euros. Comparée aux économies qu'elle entend faire sur votre rémunération à long terme, la proposition de la direction ne mérite même pas d’être appelée miettes. 

4/ Une modification substantielle des modes de calcul de la prime de médaille du travail et des indemnités de fin de carrière (IFC). Depuis 2004, la SG doit provisionner ces engagements futurs dans les comptes de la banque. La baisse des taux a mécaniquement fait grimper ces provisions qu’elle refuse de nous communiquer, pour des versements annuels estimés à environ 50 millions d’euros. La direction souhaite diminuer ces chiffres d’au moins 30%. Avec un mécanisme amortisseur sur 3 ans pour faire passer la pilule en ce qui concerne les IFC. Mais si vous comptez prendre votre retraite dans plus de 3 ans, vous perdez gros (cf. Calculette jointe). 

5/ Un intéressement exceptionnel de 44 millions d’euros. Il est censé compenser les coupes annoncées dans les IFC et les primes. 44 millions pour environ 44000 salariés, cela fait 1000 euros pour chacun d’entre nous. A première vue, c’est toujours cela de pris. Mais la valeur actualisée des engagements pris envers vous, notamment en matière d’IFC, que la SG se propose de renier représente en moyenne plus de 5000 euros par salarié. La différence n’est pas insignifiante. 

Résumons : un groupe qui vise les 5 milliards de bénéfices en 2018 (et donc 2,5 milliards de dividendes) propose de mettre de côté 2 millions d’euros pour les plus bas salaires. En soi, c’est déjà peu - même pas 1/1000e du montant des dividendes !. Mais de plus, avec un tel accord, un salarié de 40 ans avec une RAGB de 31000 euros va perdre au minimum 4500 euros de droit à IFC, que ne compenseront pas les 1000 euros d’intéressement exceptionnel. La direction a donc pour objectif de lui faire les poches d’au moins 3500 euros nets. 

Maintenant, c’est à vous de vous exprimer. Deux pétitions sont disponibles

- Celle de soutien à la politique de la direction, favorable à l’accord tel qu’il est proposé ;

- Celle de défense de vos droits, de lutte contre les reculs sociaux à répétition que veut imposer la direction. Elle est disponible en suivant ce lien : https://cgtsocgen.fr/petition-avantages-sociaux

Il y a de nombreux points communs entre le gouvernement et la direction, mais deux sont particulièrement frappants. Le premier est leur absence totale de compréhension de la situation sur le terrain. Le second est que tous deux ne comprennent que le rapport de force. Vous pouvez aussi demander aux syndicats de travailler ensemble à un appel intersyndical à la grève.

Exprimez-vous !
Rejoignez-nous ! Ce n’est pas en acceptant l’aumône de 30 deniers que l’on est pragmatique, encore moins que l’on se fait respecter. 

L'avenir, c'est faire et défaire le monde ... sans se faire avoir !


Philippe FOURNIL
Délégué national de la CGT Société Générale

 20181206ComparaisonCoutsDividendesSalaires

Lu 178 fois Dernière modification le vendredi, 07 décembre 2018 21:16
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