Délégué national de la CGT SG

Ce dessin est des premiers livrés par François.

Il représente comme la signature de son engagement, le petit personnage, c’est lui, l’homme en costume, c’est Daniel Bouton, PDG à l’époque, à qui François dit : dans ce syndicat, on travaille pour de bon ! Ces deux personnages vont être des piliers des infos de la CGT. Un jour, un délégué de chez nous me dit : je connais un type, il revient des Etats-Unis, il dessine bien, je lui ai proposé de dessiner pour nous, il est intéressé. Je suis réservé, beaucoup prêchent pour que nos infos hebdomadaires contiennent un dessin, mais il ne suffit pas de le dire. Je rencontre donc François peu après. Le personnage est étonnant, il garde une distance tout le temps avec ce qui l’entoure, il proclame farouchement son indépendance d’esprit… et accessoirement, il n’aime pas FO, ni Marc Blondel, leur secrétaire général de l’époque, un jouisseur épicurien opportuniste éloigné de l’ascète qu’il est. Je lui expose de mon côté les conditions, nous publions 52 numéros de nos infos hebdomadaires dans l’année, il faut donc pouvoir fournir 52 dessins qui seront liés à l’actualité de l’entreprise, et il n’y a pas de retour en arrière possible une fois que les gens seront habitués à leur « trait » de la semaine. François lui, est surtout attaché à son indépendance, il veut un engagement de notre part : aucune censure. Ce sera « le deal » comme il le disait : il s’engage à fournir un dessin par semaine, et nous nous engageons à le publier. Marché conclu. Ce deal durera jusqu’à son dernier souffle, pas loin de 700 dessins, ce qui représente plus de 10 millions d’exemplaires diffusés ! On peut dire que François était un homme de parole.

Michel Marchet , ex - délégué national de la CGT Société Générale 

LES GRANDES MANŒUVRES
Gageons que la paix sociale régnera quelques semaines encore, au moins jusqu’à la fin des élections dans les services centraux. Tandis que se déroule la revue des activités susceptibles de subir des coupes claires, la direction ne va pas mettre le feu aux poudres et les annonces devraient être gelées. Il ne faudrait pas risquer une issue redoutée dans les élections. En 2013, le scrutin a reconnu le travail effectué par les délégués de la CGT lors du PSE «historique» de SGIB et son rôle pour mettre fin au projet Roméo (plan massif de licenciements individuels). En 2016, le projet Mikado (externalisation d’activités B.O) s’était soldé par 70% de voix pour les candidats CGT dans le secteur concerné. Il faut dire qu’a contrario de la CGT qui le combattait et obtenait le droit des salariés de rester à la SG, certains syndicats avaient fait venir le DRH d’Accenture pour vanter les conditions du transfert à ceux qui acceptaient l’aventure. Ils ont largement déchanté depuis. En 2019, après la saignée en cours dans le réseau, les nuages s’amoncellent à nouveau sur les services centraux. Les prochaines élections seront donc un moyen de manifester notre rejet d’une stratégie qui se résume aux économies et suppressions d’emplois. C’est parce qu’en 2019, la direction favorise toujours ces interlocuteurs plus malléables, que nous vous invitons au contraire à vous inscrire, sur notre site, à notre comité de campagne pour soutenir nos candidats qui mèneront la bataille dès le mois prochain… et pour les 4 ans qui viennent. Pour l’heure, la stratégie décroissante de la direction va encore se solder par des annonces de bonus et variables «discrétionnaires» en baisse (en dehors de BDDF). Attention, le variable n’est garanti qu’au moment où il est effectivement versé sur votre compte. Toute velléité de départ entre l’annonce et la paye versée fin mars entraînera la disparition immédiate du variable. Enfin, concernant la négociation Emploi, 7 heures de plus ont permis de revoir l’ensemble du projet sur la mobilité, les départs volontaires, les pré-retraites diverses et variées (cf notre site). En principe, cet accord est censé gérer en douceur les suppressions d’emplois décidées par ailleurs. C’est toute la question quant à la justification de celles à venir. Il reste encore une réunion le 19 février pour fixer les curseurs financiers.    

SALUT L’ARTISTE
Depuis 2003, chaque vendredi, nous attendions de rire de son dessin de la semaine (et pour certains de le comprendre). Son trait de la semaine était élégant, toujours pertinent dans le message et impertinent à souhait. Il avait dit l’an dernier, «j’arrête à 700 dessins». Il avait plein de projets pour la suite, pour lui et ses jeunes enfants. Sans avoir jamais cru à cette menace, ni jamais accepté cette idée, pour couper court à ces discussions, nous lui disions : « tu es compétence indispensable». Il en riait. Il avait donc travaillé à sa relève et commencé à donner quelques enseignements à ses «disciples». Il n’aura jamais failli pendant 15 ans, depuis 2003. Chaque jeudi soir, il nous livrait son dessin de la semaine. La maladie lui aura donné raison une dernière fois. François Ganne est décédé vendredi à 15h53. A l’heure où partent habituellement les infos de la CGT et son dessin. Celles-ci auront maintenant un teinte différente et il nous manquera, bien au-delà de ces publications. C’était un fidèle, parmi les fidèles. Malgré son caractère et sa volonté d’indépendance. Un membre de la famille CGT Société Générale vient de tirer sa révérence. Même s’il n’aurait pas vraiment apprécié que nous soyions tristes, sa brusque disparition est un vrai vide. Certains sont morts à cause de leurs dessins, d’autres ont dessiné jusqu’à bout de force. Celui de cette semaine porte le numéro 701.

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Comme la plupart des gens, j’avais d’abord connu les dessins avant de connaitre l’homme.

Cela doit remonter aux années 2013, l’année de mon premier mandat au CE des Services Centraux Parisiens. Pour ceux qui ne sont pas familier avec l’organisation de la Société Générale, les Services Centraux concentrent les fonctions névralgiques de la Banque. Sont exclues la partie Banque de détails et ses fonctions de support ainsi que les filiales.

Au cours des premières années qui avaient suivi les élections de 2013, où la CGT remporta la première place dans les Services Centraux, nous avions mis en place des réunions périodiques qui rassemblaient nos élus autour, soit d’un thème soit suivant les instances auxquelles le mandat des élus se rapporte, DP, CHSCT ou CE… Ce type de rencontre avait pour but de permettre aux élus de partager leur connaissance et de se tenir au courant de l’actualité dans leurs périmètres. C’était ainsi que j’ai appris petit à petit à connaitre François. Son premier trait de caractère qui marqua mes souvenirs fut sa discrétion. Il m’avait fallu un certain temps pour associer l’auteur des dessins à l’homme que je côtoyais. Bien que ses dessins fussent très appréciés, il n’en faisait rarement, pour ne pas dire jamais, l’étalage de manière spontanée. Nos relations étaient très cordiales, un peu distantes et principalement basées sur le travail. A l’époque, j’avais la charge de coordonner l’action de nos élus dans l’instance de Délégation du Personnel. A ce titre, j’avais la possibilité d’échanger avec chacun des élus de manière assez régulière. Peu à peu, m’était apparu un second trait essentiel de François, son indépendance d’esprit. Quiconque approchant François, notera immanquablement la construction de sa pensée tout à fait autonome et originale. Plus tard, lorsque j’eus pu le connaitre d’avantage, je compris que cette autonomie s’étendait même à ses habitudes les plus élémentaires y compris dans la façon dont il s’alimentait. C’était bien plus qu’une autonomie dans la manière de penser, c’était sa manière de vivre.

Le temps passant, nos relations prenaient une autre tournure, non pas plus personnelle mais que je qualifierais de plus personnalisées. Elles reposaient toujours sur le plan professionnel mais nous comprenions de mieux en mieux nos spécificités réciproques. Je louais la pureté de ses traits, la pertinence de son regard et l’impertinence des mises en scène. Je lui disais que j’appréciais la finesse de son humour. De son côté, il appréciait mon calme, même si je lui disais que je suis un faux calme. A plusieurs reprises, il m’avait même gratifié, en début de phrase  « Toi qui es un sage …. », ce qui, malgré une véritable modestie nécessaire de ma part, me remplissait de joie.

Avec le recul, je crois que c’était la musique qui nous avait finalement rapprochés pour de bon. François avait l’habitude de réserver une fois par semaine, en début de matinée, la salle de musique équipée d’un piano se trouvant au rez-de-chaussée. Après avoir travaillé ses morceaux, Il passait à notre Permanence pour bavarder un peu avant de remonter à son bureau. Le hasard de la vie avait fait que quiconque vient à la « Perm » passe forcément devant mon bureau, c’est là, un de mes privilèges. François avait pris l’habitude de s’arrêter et d’échanger avec moi, en quelques minutes, sur tout et rien. Bien entendu, on en arrivait à la musique. Il me parlait de ce qu’il aimait et de ce qu’il jouait. Il me parlait de ses difficultés techniques, de sa Prof qui le poussait vers l’excellence avec une discipline « Soviétique », de ses quatre mains avec elle. On parlait de Satie, de ses Glossiennes et ses Gymnopédies, de son minimaliste qui est une véritable invitation au rêve. On parlait également de Chopin, de ses Nocturnes qu’il composait tout le long de sa vie ; Moi, pour dire que je détestais. Je trouvais que la mise en scène des passions tristes était sordide, même avec le génie de Chopin. François, au contraire, l’adorait. Il appréciait, ce que j’appelais par moquerie, « Le Drame en bocal », le déchirement de l’âme tiraillé par l’amour et la mélancolie, de l’extrême bonheur à la pire souffrance, sublimé par la musique de Chopin. Mais c’était Bach qui nous mettait tous d’accord. On parlait du Clavier Tempéré et on finissait souvent nos conversations par le baptême de feu de tout interprète au piano, Les Variations Goldberg. Sans le vouloir et progressivement, nos conversations devenaient intimistes simplement parce qu’elles étaient animées par des parcelles intimes de nos âmes. Du sujet de conversation à notre état mental, nous avions trouvé une jonction entre nos mondes intérieurs. On se sentait proche intellectuellement.

Cette nouvelle proximité nous avait ouvert à des sujets ignorés jusqu’à présent, François me parlait souvent de ses enfants. Il lui arrivait de nous montrer, non sans une fierté certaine, les photos de ses enfants. Deux jeunes garçons aux cheveux roux, coiffés d’une casquette. En ses occasions, je riais de joie, tellement la ressemblance était frappant entre père et fils. Il me parlait également de son grand garçon, qui avait déjà l’âge d’un jeune homme. Puis venaient les anecdotes sur sa femme, qui dessinait également. J’avais déjà noté que parfois on avait une autre signature que celle de François sur le dessin de la semaine mais sans savoir qui s’y cachait derrière. Ma véritable rencontre artistique, ou plutôt émotionnelle, avec la femme de François fut à l’occasion de l’illustration du Radeau de La Méduse. J’avais une relation assez étrange avec ce tableau. Littéralement, j’ai grandi avec lui. Non pas grâce à de précoces connaissances sur la nature humaine mais il se trouvait qu’à Grenoble, la ville de mon enfance, on avait construit en 1969, un centre commercial, baptisé Grand’ Place. Etrangement, les propriétaires du centre commercial avaient commandé en 1975, à une association d’artistes, la coopérative des MALASSIS, 11 immenses fresques couvrant la façade, côté rue, 11 variations sur le tableau de Le Radeau de La Méduse.

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Une des 11 fresques devant Grand’ Place, Grenoble

 

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Dessin de la Semaine du 1er décembre 2017

 

Etant donné que Grand’ Place avait été longtemps le seul centre commercial de la ville, tout le monde connaissait bien les fresques et, par ricochet, le tableau de Géricault.

Depuis des années, les plans stratégiques de la SG, comme ceux des grandes firmes du CAC40, annonçaient monts et merveilles. Le « Transform to Grow 2020 », comme d’autres « Stratégie 2020 » n’enfermaient, au final, que des mesures de réductions de coût et en premier lieu, le salaire des employés. Le dessin du 1er Décembre 2017, inspiré du Radeau, avait été délicieusement détourné en « Transform to Flow ». Au-delà du tableau lui-même, le motif social de la Société Générale était particulièrement bien saisi avec une acuité cinglante. Alors que je le félicitais pour le dessin, François m’avait répondu que c’était l’œuvre de sa femme et qu’il avait trouvé étonnant qu’elle l'ait fait entièrement par ordinateur. Depuis, l’image de cette femme que je n’avais jamais rencontrée fut indissociable à l’esprit vivace qui avait si bien compris une certaine situation et qui l’avait si bien exprimée.

De temps en temps, on partageait également nos programmes de weekend. Il me disait qu’il avait hâte de retrouver ses enfants dans sa maison de campagne. Il me parlait également de son chat, une femelle, qui passe toute la semaine à la campagne et qui se sentait plus chez elle que lui. Il me racontait qu’il affectionnait les travaux domestiques comme s'occuper du linge de ses enfants ou faire ses courses. En plus de la douceur qu’il dégageait, il y avait chez lui quelque chose d’élégant dans ses gestes et dans sa manière d’être, j’aimais à l'imaginer dans sa maison, ayant troqué ses chaussures pour des bottes, comme un châtelain dans son domaine. J’eus appris également sa passion pour l’encadrement d’art, domaine dans lequel il avait acquis une solide connaissance grâce à son CAP dont il était très fier. Il disait qu’il comptait y investir plus de temps, plus tard, disait-il, sans autre précision.  

Nos dernières séances de travail remontèrent au mois de décembre 2018. A la CGT, nous étions particulièrement préoccupés par la mise en place de nouvelles organisations du travail par la direction sans qu’elles nous aient été présentées de manière détaillée. Les impacts étaient énormes en termes de processus de travail et d’ordre hiérarchique. Pour nous aider à rentrer dans le sujet, j’avais invité un expert du sujet, agile@scale, pour nous faire une présentation. Nous étions une quinzaine d’élus face à un sujet nouveau, dense et urgent. Comme organisateur, mon souci était d’exploiter au maximum les deux heures que l’expert nous accordait. Je demandais aux élus de bien vouloir laisser l’expert dérouler tout son exposé avant de passer aux questions. Mais les élus présents étaient si intéressés par le sujet qu’ils posaient une multitude de questions, déviant ainsi, peu à peu, l’exposé de son plan initial. Je surveillais constamment ma montre, d’inquiet, je passais à nerveux. Quelques jours, avant, dès mon annonce de la réunion, François semblait très intéressé par le sujet. Je me souviens de m’être dit que c’était un peu curieux que François s’intéressait à un tel sujet, si technique, et au même moment je comprenais que ma surprise n’était que l’ignorance face à l’inconnu. Pendant la présentation, nous étions assis côte à côte, François était particulièrement animé. Il prenait des notes et buvait la parole de l’expert. Régulièrement, il intervenait pour demander une précision ou une explication. Au bout d’un moment et voyant ma tête d’anxieux, il commençait ses interruptions par dire, « Je suis désolé mais je ne peux suivre s’il y des choses que je ne comprends pas ». Au trois quart de l’exposé, je voyais qu’on était si en retard par rapport à ce qui était prévu qu’on allait devoir organiser une deuxième séance et c’est ce qui fut fait par la suite. Depuis quelques minutes François qui était silencieux. Puis soudain, il ressurgit comme dans un éclair : « Je viens de comprendre le concept ! Agile@scale s’applique à l’ensemble des métiers et non seulement dans l’informatique…». A la fin de la séance, lorsque nous sommes sortis de la salle, François s’approcha de moi :

François : Désolé, j’ai trop parlé, mais je ne peux pas suivre sans comprendre.

Moi : Pas de soucis, t’étais dans le sujet. Mais t’as remarqué que tu n’interviens pas que quand tu ne comprends pas, tu interviens aussi quand tu comprends.

Il me regarda puis, tous deux, on avait éclaté de rire.

Avec l’arrivée prochaine des élections des Centraux en avril 2019, nous étions particulièrement préoccupés par nos communications. La question était : Comment convaincre des salariés de voter pour la CGT. Depuis longtemps, j’avais compris l’impact communicationnel des dessins de François. C’était plus que notre signature, son personnage était un médiateur, un lien vivant, entre nous et les salariés. J’avais fait part de mes sentiments à François et je le sollicitais pour qu’il fasse des affiches autonomes pour notre campagne. « T’as pourri ma soirée, je vais y penser sans cesse maintenant ! » me dit François en acceptant. Il avait accepté mais non sans condition, il souhaitait associer les deux nouveaux jeunes disciples au projet. Depuis un certain temps il avait projeté de « passer la main », un jour, aux jeunes. Il les avait encouragés à trouver leur propre style, leurs propres personnages, bref leur propre personnalité. Il tenait particulièrement que ce projet soit réalisé conjointement par tous les dessinateurs.

Nous avons échangé nos derniers mots le vendredi 25 janvier 2019, en fin d’après midi, juste avant le weekend où il avait appris sa maladie. Lui et moi, on partageait une autre passion que la musique, même si on n’avait pas du tout le style règlementaire de la discipline. On avait tous deux une moto de grosse cylindrée, lui une Harley 1200 et moi une sportive 1000, une moto qui dépasse les 300 km/h en vitesse de pointe. Au début de cet hiver, on se plaignait tous deux du froid qui gelait nos mains et qui rendait notre pratique des deux roues carrément dangereuse. Un jour, il débarqua avec son « astuce du jour » : Pour ne pas avoir froid aux mains à motos en hivers, il faudrait mettre une paire de gants d’infirmière en latex en dessous des gants de motos ! Manque de peau, il n’en avait pas. A défaut, Il me racontait qu’il mettait ses gants de vaisselle en caoutchouc... L’imaginant avec ses gants de vaisselle sur son Harley, je n’avais pas pu m’empêcher de rigoler, lui aussi ! tout en soutenant mordicus que c’était « très efficace ! »

Lundi 28 janvier 2019, j’appris qu’il débutait son traitement le jour même. Après un petit moment de réflexion, je lui avais envoyé un message SMS pour lui dire tout mon soutien et que j’étais là s’il souhaitait discuter. Je n’avais reçu aucune réponse mais je ne m’en préoccupais pas, le chamboule-tout de la vie avait été trop brutal pour François.

Le mardi soir, j’avais croqué François en Bruce Lee, histoire de lui dire : « Sois fort et bats-toi mon pote ! », je l’avais mis sur FB de la CGT SG, sans commentaire.

 

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Le vendredi 8 février 2019, dans l’après midi, la journée était quasiment finie, nous avions fait ce qui était à faire, les « Infos de la semaine » étaient imprimées, la « Newsletter » était publiée en ligne et envoyée à quelques dizaines milliers de salariés partout en France, sans le dessin de François cette fois là. L’atmosphère était calme et studieuse, j’étais en train de rédiger un email lorsqu’Isabelle m’a appris l’impensable, François n’est plus. Je me suis senti plongé dans une espèce de vide intérieur, puis vinrent les pensées pour sa famille, sa femme, ses enfants.

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Spinoza, Ethique, Livre, Proposition 29

« Quicquid mens sub specie aeternitatis intelligit, id ex eo non intelligit quod corporis praesentem actualem existentiam concipit sed ex eo quod corporis essentiam concipit sub specie aeternitatis. »

Tout ce que l’Ame comprend sous l’espèce de l’éternité est ainsi compris non pas parce que l’Ame conçoit l’existence actuelle et présente du Corps, mais parce qu’il conçoit l’essence du Corps sous l’espèce de l’éternité.

Paris, le 13 février 2019,

Pham Phu Cuong.

Depuis 2003, chaque vendredi, nous attendions de rire de son dessin de la semaine (et pour certains de le comprendre).

Son trait de la semaine était élégant, toujours pertinent dans le message et impertinent à souhait.
Il m’avait dit l’an dernier, « j’arrête à 700 dessins ». Il avait plein de projets pour la suite, pour lui et ses jeunes enfants.

Je n’y ai jamais cru et jamais accepté cette idée. Je lui disais toujours, pour couper court à ces discussions qu’il savait faire durer : «  tu es compétence indispensable pour moi ». Il en riait.
Il avait donc travaillé à sa relève et commencé à donner quelques enseignements à ces « disciples ».

Il n’aura jamais failli pendant 15 ans, depuis 2003. Chaque jeudi soir, il nous livrait son dessin de la semaine.

La maladie lui aura donné raison une dernière fois. François Ganne est décédé aujourd’hui à 15h53. A l’heure où partent habituellement les infos de la CGT et son dessin.

Celles-ci auront maintenant un teinte différente et il nous manquera, bien au-delà de ces publications.
C’était un fidèle, parmi les fidèles. Malgré son caractère et sa volonté d’indépendance.
Un membre de la famille CGT Société Générale vient de tirer sa révérence.

Je suis profondément triste et bouleversé.

Je pense que ceux qui le connaissaient partageront mes sentiments.
Nous vous tiendrons informés des possibilités de lui rendre un dernier hommage.
Même si je pense qu’il n’aurait pas vraiment apprécié que nous soyons tristes, sa brusque disparition est un vrai vide.

francois

Philippe.

 

 

 

LA VAGUE DE TROP ?
La veille de l’annonce des résultats et de la nouvelle purge, Frédéric Oudéa recevait les organisations syndicales. Après une rapide présentation des résultats des 3 pôles, la discussion a essentiellement porté sur la nouvelle vague d’économies. Il s’est appesanti un peu plus sur les résultats de GBIS, très bons sur les financements et le conseil, mais en recul de 19% pour les activités de marché (-30% chez FICC et -15% pour les dérivés actions). Le recul est encore plus brutal à la BNP, - 40% sur les activités de marché, avec une répartition inverse -70% sur les actions mais seulement -15% pour FICC. Le DG s’est ensuite étendu sur les anticipations de la direction concernant la conjoncture économique et les contraintes réglementaires qui génèrent des craintes pour 2019 (et plus encore pour 2020) et aboutissent à l’«ajustement stratégique» présenté au marché. Si la trajectoire pour les réseaux français ne va pas être infléchie, en revanche le DG nous a annoncé un changement de stratégie dans les activités de marché. Ces dernières devront réaliser 500 millions d’euros d’économies supplémentaires d’ici à 2020 et l’effort portera avant tout sur les activités FICC et les fonctions supports associées. Si la revue des activités frappées et son impact sur l’emploi ne sont pas encore achevés, nul doute que cela pourrait générer un désengagement très significatif de ces activités. L’impact sur l’emploi sera certainement important, mais nous ne disposons pas encore de vue sur le sujet. Le directeur général a promis une série de réunions de concertation afin de discuter non seulement des perspectives économiques mais aussi de la gestion sociale de ce choc. Il a réitéré son engagement à ne pas procéder à des départs contraints mais n’a encore donné aucune indication pour le reste. Il va sans dire que la CGT va peser, comme en 2012, pour éviter des coupes injustifiées, veiller à ce que les conditions des «mobilités externes volontaires» (sic) soient les meilleures possibles et que les directions ne choisissent pas au cas par cas quels services pourront bénéficier des dispositions d’un futur accord emploi et lesquels seront contraints à des mobilités vers des fonctions qui recrutent en interne. Plus généralement, alors que nous faisions remarquer que les plans d’économie se succédaient sans que la situation ne se redresse vraiment, ni que les marchés soient convaincus par ces annonces, Frédéric Oudéa nous a répondu que le problème ne venait pas des réductions de coûts - toujours atteintes - mais des objectifs de croissance des revenus - toujours en-dessous des attentes. Mais c’est peut-être bien là que le bât blesse : les coupes successives ne seraient-elles pas justement la cause de cette incapacité à générer davantage d’activité et de revenus? En médecine, il y a bien longtemps que la saignée a été reconnue nocive pour les patients. Sans doute en est-il de même en matière sociale…

LA BANQUE DU DIGITAL
Si vous êtes abonné à notre newsletter et que vous attendiez impatiemment le compte-rendu de la négociation sur l’emploi de lundi, vous avez pu attendre parfois jusqu’à 4 jours pour recevoir le mail pourtant fait le soir même. C’est une vieille habitude de la maison. Dès lors qu’un plan social est dans l’air, la technique dérape suffisamment pour ralentir la diffusion des informations. Par 2 fois déjà, les serveurs SG où était logé notre site intranet ont crashé (malencontreusement ou opportunément..) sous le poids des consultations en ligne. Cette fois-ci, ce sont les mails qui mettent plusieurs jours à arriver aux abonnés. En attendant, les informations sont toujours disponibles sur notre site. Il faut préciser qu’échaudés, nous les avons logés sur nos propres serveurs.

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natio 20 bis fevrier 2019 t20

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DIAFIORUS

A quelques jours de la publication des comptes, les rumeurs de coupes sombres dans les effectifs et activités ont généré toutes sortes d’articles de presse. Après le profit warning émis il y a quelques jours, la question n’est plus de savoir si les résultats vont être accompagnés de mauvaises nouvelles, mais de connaitre l’ampleur de la nouvelle saignée – d’emplois ou rémunérations. Tels les médecins de Molière, la stratégie que nous subissons depuis quelques années repose sur des coupes plus ou moins aveugles. Ce qui a déjà dégradé les capacités de la banque. La diminution des résultats du 4ème trimestre de la BFI ne peut pas justifier la découpe de certaines activités, sauf à vouloir accélérer le déclin, et qui mène en partie aux résultats, alors que le dividende est d’ores et déjà garanti pour 2019. Les informations fiables et confirmées seront disponibles sur notre site intranet / internet.          

3 SECONDES CHRONO       

Dans le nouveau monde, le nombre d’appels téléphoniques à sa banque devait baisser. En tout cas, c’était le postulat du programme de transformation des CRC (centres d’appels du réseau). Sauf que ce n’est pas encore le cas cette année – tout comme les précédentes. Et le sous-effectif continue à faire sentir ses effets sur les collègues. La direction va donc « refaire » une revue de l’attractivité pour tenter de corriger la tendance. La responsable d’OTX, Sandrine Beltran est venue rendre compte de la situation devant les représentants du CSEC. Le nouvel outil qui prévoit 3 secondes pour réagir après chaque appel, avant qu’un nouvel appel soit transmis.  « Ca a été corrigé et validé par les pilotes». Ah bon ? En fait, il a été effectivement dit à certaines équipes que le timing passait de 3 à 7 secondes. Mais, le « correctif » n’est pas à la hauteur des attentes. Ce n’est pas ce genre de correction qui va permettre d’améliorer l’attractivité. Il y a, par contre, des propositions concrètes et réalistes que les représentants CGT ont formulé ces derniers temps dans les 4 CE concernés. Nous allons demander un entretien avec la direction d’OTX pour avoir une vraie discussion, avant que les conditions de travail ne se détériorent encore un peu plus, que l’image se dégrade, que la pression déborde et que les démissions augmentent encore. Il y a urgence.

UN P'TIT MIEUX?

Alors que la CGT a obtenu, à la Société Générale, le paiement des jours de carence (les 3ers jours d’arrêt maladie) par l’accord salarial de décembre 2016, nous avions demandé un suivi sur le nombre de maintiens de salaire dans le cadre de la note 1513 (spécifiquement en cas de maladie listée dans la note) ou via le dispositif interne de RSE (rétablissement de solde entière). La suppression du comité social par la direction et du rapport élaboré par le service social générait un brouillard complet. A l’occasion du débat de la commission du CSEC sur le sujet, nous avons demandé – à nouveau - la mise en place de la subrogation (rémunération versée directement par la SG et non plus par l’intermédiaire des indemnités journalières de la Sécurité Sociale), dispositif refusé jusqu’à maintenant par la direction. Avec la mise en place du prélèvement à la source, certaines banques viennent de le mettre en place… et c’est un dispositif réclamé depuis longtemps par les salariés et leurs représentants.

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cgt t natio 19bis janvier 2019

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La négociation des protocoles pré électoraux du CSE (ex CE) des centraux parisiens s'est déroulée ce matin.

Suite à la signature de l'accord du 5 décembre dernier par la direction et le SNB, la CFTC et la CFDT, la réunion avait vocation à négocier le déroulement des élections du seul CSE.

Les SSCT et les représentants de proximité sont définis par l'accord du 5 décembre.

 

Il y avait la foule des grands jours. Moins il y a de mandats de représentants du personnel, plus il y a de monde pour négocier…

La direction était représentée par 5 personnes et il y avait 7 syndicats autour de la table. SNB, CFTC, CFDT, FO, SUD, UNSA … et nous.

Dès l’ouverture de la séance, la CGT a déclaré que, comme nous l'avions toujours fait pendant les négociations de l'accord du 5 décembre, nous ne trouvions pas raisonnable de mettre en place une instance représentative du personnel de 35 élus pour 28.000 salariés, 20 immeubles, 2 pôles immobiliers et 27 BU/SU. D'autant que les enjeux et projets qui s'annoncent sont lourds de menaces (PSE, réorganisations, délocalisations, etc).

D'autant qu'entre aujourd'hui et la négociation des élections précédentes, les effectifs ont augmenté de 32% (tant mieux !) mais qu'en même temps, la direction et les signataires de l'accord prévoient une diminution de 70% de la force de travail syndical.

Ce n'est pas raisonnable et cela ne fera que complexifier le traitement des réorganisations à venir.

Nous n'avons d'autre possibilité que de contester l'accord et de demander au juge ce qui est raisonnable en terme de représentation du personnel.

Nous avons informé qu'une contestation était en cours et nous avons fait signer la notification remise par la CGT aux signataires de l'accord du 5 décembre.

Aucune réaction de la part de la direction, de la part des syndicats signataires et des syndicats non représentatifs.

Nous avons poursuivi en précisant que la négociation à laquelle nous participions ne valait donc pas reconnaissance du périmètre du CSE des centraux.

Nous avons demandé que le calendrier reprenne une durée de vote de 7 jours (comme précédemment… ) et non 6 comme proposé.

La direction a voulu faire un tour de table pour savoir ce qu'en pensaient les autres syndicats.

Au final, on verra ce que retiendra la direction, mais les dates devraient être :

 

1er tour - Dépôt des candidatures : 11 mars

Vote du 1er tour : 11 au 18 avril

Second tour - dépôt des candidatures : 7 mai

Vote du 2ème tour : 11 au 18 juin

 

 

Nous avons proposé de discuter des propositions pour faciliter le vote et augmenter le taux de participation. Par exemple, octroyer un don à une association caritative pour chaque vote, élargir la capacité de vote pour les jeunes recrues qui deviennent électeurs entre les deux tours, etc. De même nous avons proposé que l'ouverture des bureaux de vote se fasse par journée et non pas sur des heures farfelues (11h30 / 15h) et de supprimer le code du département de naissance pour voter et de le remplacer par l'année de naissance qui faciliterait l’accès au site de vote car certains départements, comme le 95, n’existaient pas avant 1968.

La direction a "pris le point" et le SNB a mis en avant le taux constant de participation de 29%. Ce que nous avons contesté car la participation va subir la baisse du nombre de candidats potentiels et l'éloignement des salariés de leur représentants.

La direction avait l'intention de ne pas envoyer la traditionnelle profession de foi à l'ensemble des salariés, mais seulement aux salariés déclarés absents pendant la période de vote. Elle devrait revoir cette ambition…

 

Nous avons donc 2 échéances devant nous concernant la mise en place des instances représentatives des centraux :

Le processus électoral décrit ci-dessus (élections de 35 élus titulaires et 35 élus suppléants du CSE) et la contestation de l'accord devant le juge.

Chaque salarié, collègue et/ou ami doit bien comprendre ces enjeux déterminants pour les 4 prochaines années. Ils vont être amenés à voter en avril pour des représentants sur lesquels ils devront pouvoir compter pendant les tempêtes qui s'annoncent.

Par ailleurs, nous devons leur expliquer notre demande auprès du juge (vraisemblablement un CSE pour chacun des périmètres des 5 sponsors des différentes BU/SU). En terme d'activités sociales, comme en capacité de défense des intérêts individuels et collectifs de nos collègues, l'accord du 5 décembre est un moins disant social. Nos collègues doivent en être informés, même si ce n'est pas leur urgence. En cas de PSE, de réorganisations, de délocalisations, ils seront bien mieux défendus par des élus proches d'eux et plus nombreux.

De même, les subventions sociales seront plus élevées.

E=MC2
Contrairement à une idée reçue, la participation à la mobilisation du 14 décembre ne devrait pas plomber votre variable – bien au contraire. Le mouvement aura eu des effets bénéfiques et collectifs. Certes la mobilisation des salariés n’aura malheureusement pas empêché la signature d’accords qui amputent nos primes médailles du travail et nos indemnités de fin de carrière, mais elle aura permis une prise de conscience par la direction du niveau de ras-le-bol. Cela vaut particulièrement pour le réseau où, la consigne a été donnée de revoir à la hausse les enveloppes du variable. La situation est beaucoup plus incertaine dans les services centraux, où les arbitrages sont en cours et s’annoncent très douloureux. Nous avions bien obtenu de la direction qu’une négociation s’ouvre sur les critères d’attribution du variable, « discrétionnaire » - pour ne pas dire carrément arbitraire et foncièrement inéquitable. Mais pour l’heure, signer cet engagement avec la direction n’a pas suffi. Il faut qu’elle se décide enfin à ouvrir les discussions et que, pour changer de l’année dernière, ce soit sur la base de données précises et en bonne foi. Les «annonces 2019», prévues fin février, pourraient être une autre «prise de conscience». Celle de la nécessité d’y avoir travaillé … avant.

REFAIRE LE MONDE
Frédéric Oudéa était annoncé à Davos, avec la ministre du travail, Murielle Penicaud et quelques patrons venus refaire le monde (sans que rien n’y change véritablement, à part le déséquilibre entre les plus riches et les plus pauvres et la montée des populistes). Carlos Ghosn – absent excusé – avait participé l’an dernier à une session pourtant prometteuse : « Vers un meilleur capitalisme ». L’avenir en a décidé autrement.

ACCÉLÉRATION
Faut-il voir un lien entre notre critique du rythme sénatorial des négociations Emploi et l’avalanche de nouvelles dates de réunions ? Quoiqu’il en soit, Février sera déterminant sur les conditions de départs des «séniors», des éventuels plans de départs volontaires dans le cadre des réorganisations, mais aussi sur les dispositifs de mobilité. Les dates qui ont été planifiées ne seront pas de trop pour arriver à un accord équilibré comme ce fut le cas en 2013 et en 2016. A la direction maintenant de se montrer plus constructive qu’elle ne l’a été ces derniers mois.

FONDS DE TIROIRS
Alors que la hausse du carburant, la ponction fiscale sur les transports et, plus généralement, la perte de pouvoir d’achat subies par la majorité des Français ont déclenché le mouvement des gilets jaunes, la baisse des remboursements de transport à la SG fait mesquin. C’est précisément ce que la CGT avait expliqué fin 2018 lorsque la direction nous avait présenté sa volonté de diminuer de 7.63€ à 4€ la prise en charge des transports - après avoir grappillé quelques centimes d’euros sur les cantines des centraux. Plutôt que d’assumer la charge fiscale réclamée par l’URSSAF (au-delà des 4€), la direction a décidé de réduire la prime mensuelle pour 16.147 salariés. Gain de cette nouvelle opération : 1 million €/an. Un irritant et une mesquinerie de plus pour les salariés concernés. Certes, l’épisode est sans commune mesure avec les centaines de millions économisés sur les médailles du travail et les IFC, mais cela témoigne d’un état de santé inquiétant et de l’art de transformer un coût en gain… pour la direction.

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Ma retraite : à quel âge ?

 

Dès 2019, l'accord signé par la CFDT, la CFTC et la CGC (SNB dans les banques) prévoit que pour liquider leur retraite avant 67 ans sans pénalité, les générations nées à compter du 1er janvier 1957 devront travailler une année supplémentaire au-delà de l’âge auquel elles bénéficient d’une retraite à taux plein dans leur régime de base de Sécurité sociale, CNAV1ou MSA2.

Les salarié-e-s qui ne prolongeront pas leur activité se verront appliquer pendant trois années 10 % d’abattement sur le montant de leur pension, sauf s’ils sont exonérés de CSG… Ceux qui seront assujettis au taux réduit de CSG essuieront un abattement de 5 % pendant 3 ans.


L’accord est en rupture avec le principe historique selon lequel les pensions complémentaires doivent pouvoir être liquidées simultanément avec la retraite de base de Sécurité sociale et sans abattement dès lors que le droit à une retraite à taux plein est acquis dans les régimes de base.

Cette mesure n’épargne ni les salariés susceptibles de bénéficier d’un départ anticipé au titre du dispositif « carrière longue », ni ceux qui ont été exposés à des niveaux de pénibilité professionnelle qui vont réduire leur espérance de vie à la retraite.


1CNAV : Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse. C’est le régime de base des salariés de l’industrie et du commerce
2 MSA : Mutualité Sociale Agricole. C’est le régime de base des salariés et des exploitants du secteur agricole

Fiche 2 

Pour quel niveau de pension ?

 

Dans les régimes complémentaires ARRCO et AGIRC le montant annuel des cotisations est converti en un nombre annuel de points que le salarié accumule tout au long de sa carrière.

Ce nombre est fonction du prix d’acquisition du point de retraite. Or l’accord stipule que pendant au minimum 3 ans le prix du point augmentera beaucoup plus vite que les salaires : en cotisant au même taux, les salariés auront donc de moins en moins de points.

La pension s’obtient en multipliant tous les points de carrière par la valeur dite de « service » de ces points. L’accord stipule que pendant 3 années au minimum, le pouvoir d’achat de ces points va sévèrement décrocher par rapport à l’évolution des prix, elle-même inférieure à l’évolution moyenne des salaires1.

En résumé, le salarié va percevoir de moins en moins de point et chacun de ces points représente un pourcentage décroissant de son salaire.

A la clef, il se produira un effondrement du niveau des pensions complémentaires, qui pourrait bien inspirer au gouvernement une réforme du même ordre, légitimée par des organisations syndicales qui, bien qu’élues par les salariés, acceptent de tels reculs sociaux.

1 C’est contre-intuitif, mais les prix, tels que mesurés par l’INSEE, progressent moins vite que le salaire moyen (primes incluses) de la population du secteur privé. Pour réduire les « dépenses vieillesse », tous les gouvernements depuis 1987 revalorisent donc les pensions en fonction de l’évolution des prix hors tabac.

Fiche 3

Quelles revalorisations pour les pensions liquidées ?

 

Grâce au principe de solidarité qui unit les générations dans notre système de retraite, le point de retraite servant au calcul des pensions, en cours d’acquisition ou liquidées, est doté d’une seule valeur, identique pour les salariés en activité et pour les retraités.  

La sous-indexation de la valeur du point par rapport à l’inflation ou à l’évolution des salaires concerne donc tout autant les retraités que les actifs.

L’accord stipule que pendant 3 années au minimum, cette valeur évoluera de 1 point de moins que l’inflation.

Un plancher a toutefois été institué (à la demande de la CGT dès 2013) : dans l’hypothèse où l’inflation serait inférieure à 1 %, le montant du point ARRCO ou AGIRC, et donc des pensions, ne pourra pas être diminué jusqu’en 2018 inclus. Au-delà toutes les incertitudes sont de mise.

Par ailleurs, dès 2016, la revalorisation des pensions est reportée au 1er novembre sans aucun rattrapage. Par le passé, les pensions étaient revalorisées au 1er avril mais avec un rattrapage au 1er janvier. Pour les retraités cela signifie, outre la perte initiale de pouvoir d’achat, un manque à gagner de 10 / 12 ème (10 mois sur 12) sur le montant  en euros de la revalorisation annuelle
.

Fiche 4

Quel avenir pour l’ARRCO et l’AGIRC ?

  

Depuis 2003, l’AGIRC verse plus de pensions qu’elle ne perçoit de cotisations grâce à des réserves de précaution constituées par le passé. Leur épuisement en 2017 obligerait à diminuer toutes les pensions AGIRC de 5,15 % dès 2018. Il en va de même pour  l’ARRCO depuis 2010, avec un horizon d’épuisement des réserves à 2027 qui entraînerait une diminution de toutes les pensions ARRCO de 10,48 % en 2028.

L’objectif des négociations était donc de résorber les déficits de l’ARRCO et de l’AGIRC pour maintenir les droits à retraite des salariés du privé.

Les signataires du 30 octobre 2015 se sont rapidement éloignés de cette exigence en acceptant des abattements sur le montant des pensions, sauf à différer son départ en retraite d’un an, la sous-indexation des pensions liquidées, la baisse du niveau des futures retraites, autant de mesures régressives qui n’ont pas permis de rétablir l’équilibre des comptes de l’ARRCO et de l’AGIRC.

Ils ont donc adopté une mesure radicale : en finir avec l’ARRCO et l’AGIRC, qu’ils étaient supposés « pérenniser »,  pour en finir avec leurs déficits.

Ces deux régimes seront donc remplacés à partir du 1er janvier 2019 par un régime complémentaire unique, conçu pour ajuster en permanence ses dépenses à des ressources qui n’ont globalement plus vocation à augmenter : le Medef refusant d’accroître le financement de la protection sociale …

Fiche 5

Qu’advient-il du  statut cadre ?

  

De longue date le Medef veut en finir avec le statut cadre. La disparition de l’AGIRC lui en donne l’opportunité.

C’est en effet le seul organisme à opérer de manière interprofessionnelle et opposable aux employeurs une  reconnaissance nationale de ce statut fondée sur le niveau de formation exigé, les responsabilités exercées et l’autonomie dans l’exercice de ces responsabilités.

C’est donc l’AGIRC qui permet à un salarié, quelle que soit sa branche professionnelle ou son entreprise, d’être reconnu comme cadre ou assimilé cadre.

L’ouverture prochaine d’une négociation que le Medef voudrait renvoyer aux branches et limiter à « la définition de l’encadrement » doit au contraire permettre de refonder un statut cadre interprofessionnel, renforçant les garanties collectives déjà existantes, et enrichi de droits nouveaux pour mieux exercer ses responsabilités professionnelles, sociales et économiques. 

Fiche 6 

Faudrait-il épargner pour ses vieux jours ?

 

C’est le message implicite délivré par le chef de file des négociateurs du Medef, Claude Tendil, qui ne brille pas par sa neutralité : Président du groupe Generali, ancien dirigeant  de la Fédération Française des Sociétés d’Assurance, il défend les intérêts d’un business qui prospère sur la baisse des pensions délivrées par les régimes par répartition (ARRCO, AGIRC, CNAV, MSA) pour développer le marché de l’épargne retraite.

Une activité très lucrative pour les professionnels de la banque et de l’assurance, puisque la réglementation impose que l’argent épargné en vue de la retraite soit bloqué pendant toute la carrière, ce qui leur laisse tout loisir de spéculer pendant 4 décennies, tout en prélevant, outre la rémunération de leurs actionnaires, de conséquents frais de gestion.

Les marchés financiers sont toutefois exposés à une volatilité cyclique : effondrement de la bourse, krachs financiers, faillites en série, etc.

Pour sécuriser leurs activités, banquiers et assureurs ont trouvé la parade : faire supporter l’intégralité de ces risques aux seuls épargnants en ne leur proposant que des produits à « cotisations définies ». Seul le taux de cotisation exigé du souscripteur est défini, aucun engagement n’est pris quant à la prestation. Le salarié peut donc perdre tout ou partie de l’épargne d’une vie.

  

Fiche 7 

Quelles mesures de financement proposées par la CGT et son UGICT ?

 

Deux mesures ciblées AGIRC :

L’alignement des taux de cotisation entre cadres et non-cadres.
En proportion de leur salaire, la plupart des cadres cotisent moins pour leur retraite que les ouvriers et les employés. L’alignement des taux de cotisations permettrait de rétablir l’équilibre financier de l’AGIRC jusqu’en 2033 et de résorber 95 % de son besoin de financement en 2040. Pour un salarié percevant 4 000 € mensuels bruts, cela ne représenterait que 7,72 € de plus cotisés chaque mois !

L’augmentation à 150 points de la GMP
Pour les cadres à bas salaire, il s’agit de porter la Garantie minimale de points dont ils bénéficient de 120 à 150 points annuels. Pour 40 années cotisées, leur pension AGIRC passerait de 2 089 euros à 2 611 euros bruts par an. Tout en améliorant le niveau des futures pensions des cadres concernés, l’augmentation correspondante de la cotisation permettrait de réduire le déficit de l’AGIRC de 8,57 % à l’horizon 2040.

Deux mesures communes à l’AGIRC et à l’ARRCO :

La création d’une contribution en faveur de l’égalité salariale femmes / hommes
Strictement patronale elle verrait son taux initial de 1 % diminuer au fur et à mesure que les inégalités seraient elles-mêmes réduites. Cette contribution aurait donc vocation à s’éteindre sitôt que l’égalité salariale femmes / hommes serait obtenue.

Selon les calculs des services techniques de l’ARRCO et de l’AGIRC, la réalisation de cette égalité en 10 ans, permettrait un accroissement des cotisations tel que, tout déficit serait effacé à l’ARRCO pour les quatre prochaines décennies tandis que des réserves annuelles représentant au minimum 13 mois d’allocations y seraient durablement reconstituées.

Quant au déficit de l’AGIRC, il serait réduit de près de moitié d’ici 2040.

Le taux national de cette contribution serait modulé entreprise par entreprise en fonction de l’amplitude des écarts salariaux liés au genre. Certaines entreprises cotiseraient donc au-delà du taux de 1% tandis que d’autres cotiseraient en-deçà.

La mesure vise donc à encourager les entreprises qui ont d’ores et déjà entrepris de réduire les inégalités salariales liées au genre et à inciter fortement les autres à ne pas rester hors la loi.

Parce qu’elles sont mono-genres ou sans mixité par catégorie socioprofessionnelle 60,7 % des entreprises échapperaient à cette contribution. Le gain attaché à cette mesure resterait toutefois très élevé car les 39,3 %
d’entreprises mixtes restantes concentrent 87,6 % de la masse salariale du secteur privé.

L’élargissement de l’assiette de cotisation
Aux éléments actuellement non cotisés : intéressement, participation et épargne salariale : les déficits de l’AGIRC et de l’ARRCO seraient respectivement réduits de 23,57 % et 74 % d’ici 2040.

Fiche 8 

L’accord signé le 30 octobre 2015 est-il équilibré ?

 

A vous de juger !

Ventilation à l’horizon 2020 du financement des mesures entre employeurs et salariés actifs ou retraités

financement

Soit la ventilation suivante :

ventilation

Mais le gouvernement est intervenu pour compenser les 720 millions de hausse de la part dite « employeurs » de la cotisation par une baisse de leur cotisation au financement de la branche accident du travail / maladie professionnelle de la Sécurité sociale. L’apport des entreprises se limite donc à … 60 millions (issus des redressements URSSAF) sur un total de 6,13 milliards.


En synthèse, la CFE-CGC, la CFTC et la CFDT ont fait payer aux salariés actifs et retraités, dont ils sont pourtant supposés défendre les intérêts, l’intégralité d’une addition, faite de multiples amputations de leurs droits.

Pour autant, les comptes de la retraite complémentaire ne sont pas rétablis, le Medef annonce donc d’ores-et-déjà que les prochains rendez-vous devront acter de nouveaux sacrifices.

Conclusions : comment imposer d’autres alternatives ? 

Les signataires tirent leur droit à signer des accords interprofessionnels engageant l’avenir de millions de citoyens des résultats qu’ils obtiennent lors des élections du comité d’entreprise et des délégués du personnel.

Il appartient donc aux salariés, et singulièrement aux ingénieurs, aux  cadres et techniciens, victimes de la disparition programmée de l’AGIRC, à l’occasion de chaque élection professionnelle de tirer les conséquences de ces signatures et de soutenir les organisations syndicales qui se consacrent exclusivement à la défense de leurs intérêts, à l’intérieur de l’entreprise comme au plan interprofessionnel et national. Quant à l’abstention, elle renforce les organisations syndicales signataires de ces accords délétères.

Les salariés détiennent donc les clefs de l’avenir de leur système de protection sociale.

 

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