jeudi 10 août 2017

Le 9 août 2017, suite à deux recours (questions prioritaires de constitutionnalité) déposés contre la loi travail El Khomri concernant les référendums d’entreprise et les accords de préservation et de développement de l’emploi, la CGT a décidé de déposer, devant le Conseil constitutionnel, ses propres observations.

 Les observations sur le référendum d’entreprise visent à faire reconnaître que ce dispositif porte atteinte à la liberté syndicale et au droit de participation des salariés. Le référendum permet à l’employeur de passer outre les syndicats majoritaires en négociant exclusivement la question posée, les modalités du périmètre et la procédure du scrutin avec les syndicats minoritaires. Ceci leur donne la possibilité de soumettre au vote des salariés un accord source de régression sociale.

Ce type de référendum n’est en rien une liberté d’expression. Les salariés ne peuvent pas émettre de proposition, défendre leur position, obtenir des informations... De plus, dans un contexte de difficultés éco¬nomiques, le « chantage au licenciement » que permet le référendum d’entreprise est très efficace… Celui de Smart de 2016 le démontre bien : les salariés ont voté en faveur de l’accord, sous la menace directe de licenciements et les pressions de la direction (convocation de chaque salarié auprès de la direction…). Loin d’une liberté réelle, le référendum d’entreprise s’apparente en réalité à un vote subi par les salariés. Pour la CGT, il est essentiel de pouvoir consulter ces derniers. Mais cette consultation par les syndicats doit pouvoir se faire à tout moment à partir des attentes des salariés et non sur la base d’un accord déter¬miné par l’employeur et des syndicats minoritaires. Les syndicats majoritaires non aucun moyen de faire valoir leur point de vue et d’influer sur la question posée. Le droit d’expression dans l’entreprise est un droit qui appartient aux salariés, l’employeur ne devrait pas le détourner pour son propre intérêt.

Les accords de préservation et de développement de l’emploi, dits accords de compétitivité, visent à obliger les salariés à faire des concessions, en travaillant plus pour le même salaire ou en travaillant autant pour un salaire moindre, dans le but prétendu de « préserver » l’emploi. Ils peuvent être conclus à tout moment, alors même que l’entreprise ne connaît aucune difficulté économique et sans qu’elle ait à prendre de réels engagements en matière de maintien de l’emploi. 
Ces accords permettent donc d’imposer aux salariés des modifications régressives de leur contrat de travail.

Ces deux décisions sont très attendues car elles impacteront les futures ordonnances Macron qui vont étendre ces deux dispositifs.

La CGT combat la loi El Khomri dans les entreprises et a déjà engagé plusieurs recours juridiques. Elle poursuit sa lutte en présentant ses observations au Conseil constitutionnel et appelle à la mobilisation des salariés et à la grève le 12 septembre.

Montreuil, le 10 août 2017

Publié dans I - Droit du travail

PARACHUTES DORÉS
Comme tous les ans, la CGT vous propose de déléguer vos droits de vote des résolutions proposées par le Conseil d’Administration à l’AG des actionnaires qui se tiendra le 23 mai prochain à Emeric Uhring ou tout simplement de vous exprimer vous-même directement en ligne sur le site dédié. Vous trouverez sur nos sites quelles sont nos préconisations en termes de vote et leurs motivations. Deux points importants cette année sont à signaler. Le premier est que nous nous opposons à l’augmentation de 10% du dividende distribué alors que la direction poursuit une politique salariale régressive et sa destruction des acquis sociaux de l’entreprise. Au début de l’année, c’est le régime de retraite supplémentaire qui en a fait les frais. Quelle sera la prochaine cible ? Autre sujet de mécontentement et d’inquiétude, les mandataires sociaux ont jugé bon d’introduire des clauses leur permettant des indemnités de départ correspondant à 2,5 années de rémunération fixe et une autre laissant au Conseil d’Administration la discrétion de s’affranchir de la formule fixée afin de compléter leur rémunération variable. Comme vous le voyez, l’austérité ne s’applique pas à tout le monde ! Autre motif d’inquiétude au sujet de ces parachutes dorés, votés paraît-il à l’unanimité des administrateurs (y compris les élus CFDT et SNB), c’est qu’elle pourrait laisser penser que nos chers directeurs se préparent une confortable sortie. Ce n’est en effet pas la réorganisation annoncée la semaine dernière qui pourrait nous rassurer. Ce grand chamboulement organisationnel ne s’accompagne pas - pour l’instant - d’une vision stratégique claire de la pérennité de la Société Générale.

RISQUE ZERO
On a beaucoup parlé après les résultats du 1er tour du positionnement à avoir pour le second. Rarement les causes d’un tel résultat sont mises en avant. Nous avons souvent décrié les «élites dirigeantes» et leur mépris. Les attaques permanentes du patronat et des gouvernements successifs contre les acquis sociaux, la sécurité sociale, les 35 heures, la retraite, l’emploi et la chasse au chômeur-fraudeur, la loi El Khomri ont marqué le paysage. C’est ce qu’a rappelé la confédération CGT, les résultats du premier tour des élections présidentielles françaises confirment les risques pour la démocratie, les droits des salariés et des citoyens. Ils sont les résultats des politiques libérales, des lois régressives, des remises en cause des droits, comme des renoncements des gouvernements successifs à œuvrer véritablement pour la justice sociale et la réponse aux besoins sociaux et environnementaux. Pour autant, depuis des mois, de nombreux salariés et citoyens contestent ces choix, s’opposent aux mauvais coups, telles la loi travail et la loi Macron et se mobilisent avec leurs organisations syndicales, notamment la CGT. Malgré des résultats beaucoup plus serrés que les pronostics, le premier tour des élections n’aura pas suffi à éloigner le danger que représente l’extrême droite. Il convient donc de ne pas se tromper au second tour. Ne nous trompons pas d'ennemi, de combat et de moments. Chaque chose en son temps. Nous devrons continuer à nous battre pour le progrès social et combattre nos adversaires d’hier qui font le terreau du repli sur soi ! Faire barrage à l’extrême droite et lutter pour le progrès social et la démocratie, passe par le vote au second tour pour démontrer que dans sa très grande majorité le peuple français n’en veut pas … ce qui ne peut se faire autrement qu’en votant pour le seul autre candidat restant en lice. Instruits du passé, l’avenir nécessite que l’on ne prenne aucun risque.  

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Publié dans Infos 2017

LE CHAMBOULE TOUT

La réunion de signature de l’accord sur le droit syndical à la S.G. aura été l’occasion pour Edouard-Malo Henry de nous présenter le «chamboule tout» annoncé depuis quelques mois. La réorganisation mise en place par Daniel Bouton aura mis 17 ans pour aboutir aux 3 piliers dotés d’«une large autonomie». Place maintenant aux 17 BU (Business Units) et 10 SU (Service Units), plus «agiles» mais aussi «génératrices de synergies»…. La nouvelle organisation devrait être mise en œuvre progressivement à partir de septembre, après les nécessaires consultations des instances représentatives du personnel. Prévu aux alentours d’une quinzaine, le nombre de BU a finalement été un peu plus important. Au delà d’Edouard-Malo Henry qui quitte sa fonction après 5 années en tant que DRH Groupe, la liste des nominations a dû faire l’objet de sévères arbitrages et crêpages de chignons. Caroline Guillaumin prend la DRH, tout en conservant une main sur la Com. Françoise Mercadal Delassalles devient directrice générale déléguée au Crédit Du Nord. Elle sera remplacée à la direction de RESG par Christophe Leblanc qui s’est illustré dans Mikado, Tandem ou encore Tangram. Dans la communication en mode top-down, si le Top 28 (les têtes des BU et SU) commence à s’y retrouver, l’annonce a suscité plus de questions qu’elle n’a apporté de réponses pour de nombreux salariés. Et les premières d’entre elles sont : une nouvelle organisation oui, mais au service de quelle stratégie et avec quel impact sur l’emploi ?

 ASSEMBLEE DES ACTIONNAIRES

C’est la saison. Après les giboulées de mars et l’arrivée du printemps, l’annonce de l’AG des actionnaires est l’occasion pour l’ASSACT de ressortir l’artillerie (aidée cette fois-ci par Talents et Partage), pour démontrer qu’ils existent et qu’ils voudraient bien un siège au Conseil d’Administration. Ce lobbying interne n’est pas une exclusivité, il s’effectue aussi auprès des candidats à la présidentielle, auxquels l’association a demandé une modification de la législation leur permettant de siéger au Conseil. Ce n’est pas le choix fait à la SG et grand bien lui a fait en 1999 lors de l’OPA de la BNP, puisqu’au final ce fut l’intervention des salariés avec leurs représentants syndicaux qui a permis de mettre fin aux espoirs de la banque en vert. C’est pourquoi nous vous conseillons de continuer à donner vos pouvoirs à l’AG à Emeric Uhring (17 cours Valmy – La Défense), faute de quoi, vos voix se perdront ou iront dans l’escarcelle de la direction. Ce qui permet à ce genre de vote, d’être plus proche de la Corée du Nord que d’un exercice démocratique … et utile.

 AU PAYS DE CLOCHEMERLE

C’est avec un soulagement à peine voilé que la quasi-totalité des médias a relayé l’information. «La CFDT passe devant la CGT». Dans les milieux autorisés, cette annonce est l’aboutissement de longs espoirs et d’une longue bataille. Hasard du calendrier, la mesure de la représentativité à la Société Générale s’achevait quelques jours plus tard, contredisant quelque peu ces espoirs. C’est donc un grand merci que nous devons vous adresser, car le cycle électoral de 3 ans (élections des 130 CE qui composent la SG) s’est achevé par une augmentation de 2,5% pour la CGT (avec 18,8%), ce qui lui aura permis de passer devant la CFTC. Cette progression régulière et continue est un formidable encouragement à rester une organisation ouverte, utile, constructive et représentative de l’ensemble des métiers et des populations qui la  composent. Il est d’ailleurs significatif de constater que c’est parmi les cadres que la CGT est la mieux représentée. 

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Publié dans Infos 2017

extrait du Parisien

Notre journal a reçu vendredi le numéro un de la CGT. Loi Travail, grèves, fonctionnement des syndicats, violences sociales... Philippe Martinez a répondu, sans esquives, aux questions de sept de nos lecteurs.

C'est peu direqu'il était attendu de pied ferme. Alors que la grève à la SNCF en était, vendredi, à sa dixième journée d'affilée, queles mouvements des pilotes d'Air France et des éboueurs crispent un peu plus le climat social, nos sept lecteurs avaient hâte de découvrir — et d'en découdre — avec l'homme qui tient tête au gouvernement et mène la fronde contre la loi Travail depuis le mois de mars. Décontracté, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, est arrivé dans nos locaux vendredi matin à 10 heures pour un entretien d'une heure et demie parfois animé, mais toujours cordial. Très ferme quand il s'agit de défendre la position de son syndicat, Philippe Martinez sait aussi manier l'humour pour détendre l'atmosphère quand les esprits s'échauffent.

LA LOI TRAVAIL

JULIEN PEYRAFITTE. Je ne sais pas où va la CGT. J’ai même l’impression que vous vous tirez une balle dans le pied...

PHILIPPE MARTINEZ. La colonne vertébrale du projet de loi va remettre en cause un principe essentiel du droit social : la hiérarchie des normes. Aujourd’hui, il y a un Code du travail qui s’applique à tous, puis des conventions collectives signées au niveau de chaque branche, et, enfin, il y a des accords d’entreprise. Le principe de la loi El Khomri, c’est d’inverser cette hiérarchie. Le Code du travail et la convention collective resteront une référence, mais une loi différente pourra s’appliquer dans les entreprises. Sur la majoration des heures sup par exemple, la loi prévoit qu’elles sont majorées de 25 %. Demain, avec cette loi, on pourra décider que dans tel endroit, elles seront payées 10 % de plus, et dans tel autre 15 ou 20 %. Plus les accords d’entreprise seront bas, plus on fera pression sur les salariés.

EMMANUELLE DE RAUCOURT. Que voulez-vous ?  La suspension, le retrait ?

C’est au gouvernement de décider. On demande qu’il retire les cinq articles qui font la colonne vertébrale du texte. Et qu’on rediscute. C’est-à-dire l’article 2, celui sur les plans de sauvegarde de l’emploi, notamment. Il y a aussi la question du référendum d’entreprise et celle de la médecine du travail.

JULIEN PEYRAFITTE. Les syndicats sont surtout présents dans les grandes entreprises. L’article 2, n’est-ce pas une opportunité de l’être davantage dans les PME ?
 

Cela n’a rien à voir. La négociation d’entreprise, elle existe. La CGT signe d’ailleurs 85 % des accords dans les entreprises. Le dialogue social, il existe. La question est : dans quelles conditions on négocie, et la négociation est-elle loyale ? Vous avez vu ce qui s’est passé chez Smart, c’est typiquement ce que pourrait donner l’application de l’article 2 : la possibilité, pour les employeurs, de négocier le passage aux 39 heures payées 35. On dit aux salariés que c’est une négociation, mais si vous n’acceptez pas, on ferme l’entreprise. C’est du chantage.

JEAN-SIMON MEYER. Selon vous, réformer la durée légale du temps de travail est de nature à favoriser l’emploi et notamment celui des jeunes ?

Au regard des évolutions technologiques et notamment numériques, on produit de plus en plus de richesse en France. Cette richesse doit aussi bénéficier aux salariés. Si on passe à 32 heures par semaine, cela débouchera, arithmétiquement, sur la création de 4,5 millions d’emplois. On pense qu’il faut travailler moins pour travailler mieux. Il y a des entreprises où les 32 heures existent, en Suède par exemple. Pourquoi ça ne serait pas possible en France ?

LES GRÈVES

JULIEN PEYRAFITTE. La grève touche les transports, le carburant, le ramassage des ordures ménagères. Ça vous fait quoi de voir tous ces gens qui galèrent ?

Les grèves pénalisent forcément tout le monde. Moi aussi, je suis touché par les bouchons. Oui, je me mets dans les pompes de ces gens, je ne vis pas dans ma bulle. Je discute avec eux. On a commencé par des manifestations, On en a fait une, deux, trois, quatre. On n’a pas été écoutés. Au bout d’un moment, les salariés s’agacent et font grève.

QUENTIN HEILMAN. Vous ne vous dites pas que vous allez trop loin ?

Non. La grève, ce n’est pas Martinez qui la décrète. Il y a des assemblées générales, les salariés votent. On parle beaucoup à Paris du centre d’incinération des ordures d’Ivry-sur-Seine, mais ils sont 95 % à y avoir voté la grève.

SABRINA ALLAGUE. Il a beaucoup plu. Les Français ont rencontré des difficultés pour se déplacer et aller travailler. Forcément, les grèves dans les transports n’ont pas aidé. Pourquoi la CGT n’a pas appelé à suspendre les mouvements ?

Je me doutais que vous me poseriez la question. Je vous ai ramené un tract de la CGT Energie du Loiret, département qui a été très gravement touché. L’ensemble des grévistes s’est autoréquisitionné pour remettre le courant chez les usagers privés d’électricité. Chaque fois que se présentent des situations telles que cel les que vous décrivez, il n’y a pas même besoin de mot d’ordre. Les salariés ont une conscience professionnelle. Ils savent ce qu’ils ont à faire.

STÉPHANE WULLEMAN. Les gens qui travaillent sont pris en otage. Ça ne vous dérange pas ?

« Prise d’otage », cette formule est à la mode, mais il faut peser ses mots. En France, nous savons ce que cela signifie.

JEAN-RÉGIS DE VAUPLANE. Vous n’avez pas peur de nuire à l’image de la France ?

Je sais bien que la CGT pèse beaucoup dans ce pays mais que la France ait des problèmes d’attractivité à cause de nous, c’est une fable. Tous les rapports, toutes les études des chambres d’industrie et de commerce disent que la France a trois atouts : les infrastructures, le niveau de formation des salariés et la flexibilité du travail.

QUENTIN HEILMAN. Votre action ne conduit-elle pas les jeunes à quitter la France ?

Je ne pense pas. Certains estiment que tous les jeunes veulent devenir milliardaires. Ce n’est pas notre avis. Nous, on pense que ce que cherchent les jeunes , c’est avoir du boulot. Or, de plus en plus de jeunes sont très diplômés et font des boulots qui ne correspondent pas à leurs diplômes. Certains partent à l’étranger, c’est vrai. Mais c’est un problème qui ne touche pas que la France. En Espagne, si le chômage baisse, c’est parce que les jeunes partent.

JEAN-SIMON MEYER. Quel est votre objectif pour la manifestation de mardi prochain ?

Il faut qu’on fasse plus fort que le 31 mars. Nous étions 1,2 million dans toute la France. Là ce sera pareil, avec un temps fort à Paris. Mais nous avons un problème avec les patrons de compagnies de cars, qui ne veulent pas mettre à disposition des cars pour les manifs.

LA CGT

STÉPHANE WULLEMAN. Les principaux meneurs de la grève, les permanents syndicaux, sont souvent des privilégiés...

« Privilégiés », il faut peser ses mots. Puisque vous parlez de moi, je suis comme les autres, en grève, et donc tous les mois, ma paye est amputée de l’équivalent des jours de grève de mes camarades. Cela alimente nos caisses de solidarité.

EMMANUELLE DE RAUCOURT. Vous n’avez pas peur d’être débordé par votre base ?

La CGT n’est pas une organisation militaire. On me décrit comme le patron de la CGT. Il n’y a pas de lien de subordination entre un militant et le secrétaire général de la CGT. Mais si vous dites quelque chose, vous êtes entendus ? Pas toujours. Il y a une vision fausse du mode de fonctionnement de la CGT où je siffle et tout le monde est au garde-à-vous. C’est plus compliqué que ça.

 JULIEN PEYRAFITTE. S’il y a bien un syndicat où il y a de la discipline, c’est bien le vôtre !

C’est mon rêve, ce que vous racontez ! FO siffle, ça peut marcher comme ça chez eux. Pas chez nous. Certains militants ne partagent pas le point de vue du chef mais il s’agit d’une infime minorité. Je reçois des lettres d’insultes de certains syndiqués de la CGT qui considèrent que je suis mou. Je l’assume. Pour certains, je suis un dur, pour d’autres, je suis un mou.

VIDEO. Philippe Martinez : « Pour certains je suis un dur pour d’autres je suis un mou »

STÉPHANE WULLEMAN. Ne faut-il pas limiter la durée de détachement des syndicalistes ?

Il faut donner la possibilité aux permanents syndicaux — je le suis depuis 2008 — de retourner en entreprise. C’est un vrai problème. Mais il faut des règles et des accords d’entreprise qui le permettent. Moi, je le peux. Si je n’avais pas été secrétaire général de la CGT, je pense que j’y serais retourné. Mon mandat dure normalement trois ans. Et puis, j’ai 55 ans, j’espère bien partir à la retraite pas trop tard. Il m’arrive de retourner dans mon établissement, j’ai une carte d’accès. J’y vais quand je veux, même si la direction nous demande de la prévenir. Je vais aussi dans beaucoup d’entreprises. Quand ils voient le moustachu, en général, les salariés se défoulent. Oui, il faut que les permanents, les responsables syndicaux aillent sur le terrain, car la vraie vie elle est là. Et ce dont souffrent les syndicalistes et encore plus les hommes politiques, c’est de parler d’un monde qu’ils ne connaissent pas toujours.

L’EURO 2016

JEAN-SIMON MEYER. Vous soutenez l’équipe de France de football ?

J’adore le foot, j’y ai joué pendant quarante ans, j’ai même été entraîneur. Je soutiens l’équipe de France. Si elle est éliminée avant l’Espagne — ce que je ne souhaite pas —, ma deuxième équipe est l’Espagne. Votre pronostic ? Il y a une très bonne équipe de France, même s’il y a eu des blessures et des polémiques malvenues. Je suis un optimiste alors, la France championne d’Europe, il faut y croire !

LE SYNDICAT ET LA POLITIQUE

EMMANUELLE DE RAUCOURT. Vous avez longtemps adhéré au PCF. Est-ce normal ?

Je n’y suis plus. Je fais donc partie, en France, des 87 % de personnes syndiquées n’adhérant pas à un parti politique. Après, je suis syndicaliste et citoyen. Quand on adhère à la CGT, on ne demande pas aux gens s’ils sont membres d’un parti politique, quelle est leur religion...

STÉPHANE WULLEMAN. Historiquement, l’un des symboles des travailleurs français et même européens, c’étaient le marteau et la faucille. Vous portez un pin’s contre le racisme. En quoi ça intéresse les travailleurs ?

C’est un symbole contre le racisme et l’extrême droite. La CGT a des valeurs et cela fait cent vingt ans que c’est ainsi. Dans l’article 1 des statuts de la CGT figure l’antiracisme. On ne peut pas être à la CGT et être un élu du Front national. C’est contre les valeurs de la CGT. Vous êtes pour l’accueil des migrants... N’est-ce pas au détriment des travailleurs français ? Parlons du problème des migrants et de l’immigration. Quand on s’appelle Martinez, on a eu ses parents, voire ses grands-parents, qui ont entendu les mêmes mots que certains lancent aujourd’hui aux immigrés : « Ils viennent piquer le pain et le boulot des Français. » Moi, j’ai eu la chance de travailler chez Renault, sur l’île Seguin de Boulogne-Billancourt. Il y avait près de 40 nationalités différentes. Ils travaillaient tous pour le développement de la France et ils ne piquaient le boulot de personne. Contrairement à ce que soutient le Front national, et même un porteparole des Républicains qui n’hésite pas à parler de hordes de migrants qui déferleraient sur la France. Nous, on considère qu’il y a du boulot pour tout le monde.

QUENTIN HEILMAN. Vous faites grève contre la gauche. Contre un gouvernement de droite très libéral, vous iriez jusqu’où ?

Ce n’est pas le gouvernement qui importe, c’est la loi. La démocratie politique et la démocratie sociale, ce n’est pas la même chose. Si nous considérons une loi comme mauvaise, on le dira. Mais si les salariés la jugent bonne — même si elle est encore plus libérale —, eh bien ils ne suivront pas la CGT si elle appelle à faire grève ! On n’a pas affaire à des robots qui se mettent au garde à vous et défilent quand on appuie sur un bouton. Il y a des lois sur lesquelles on a essayé de mobiliser, sans succès. Quitte à ce que les salariés se rendent compte deux ou trois ans plus tard qu’on avait raison de les alerter...

JEAN-SIMON MEYER. En 2012, Bernard Thibault avait appelé à voter pour Hollande. En 2017 que ferez-vous ? En 2012, la CGT a appelé à battre Nicolas Sarkozy. Quand on appelle à battre l’un, la traduction c’est qu’on appelle à voter pour l’autre. Ma position, c’est que la CGT ne doit pas donner de consigne de vote. Les salariés sont assez grands pour savoir ce qu’ils ont à faire dans les urnes.

EMMANUELLE DE RAUCOURT. Même vis-à-vis du FN ?

Je me suis suffisamment expliqué sur le FN : là, on touche à des valeurs de la CGT. Donc nous sommes contre. D’ailleurs, au FN, certains veulent interdire la CGT !

SABRINA ALLAGUE. On vous présente comme le premier opposant à Hollande et à Valls. Votre objectif est d’obtenir la démission du gouvernement ?

Non. Je m’oppose à la politique d’un gouvernement sur telle ou telle mesure, mais pas à un gouvernement. Ce n’est pas un problème de casting. Je ne suis pas le premier opposant de Manuel Valls. Qu’il démissionne et qu’on en mette un autre qui fera la même chose, ça ne sert à rien ! Notre souhait, c’est que le président de la République tienne ses engagements de candidat : « je m’attaque au monde de la finance ; je favorise le dialogue social », etc. Quand on présente un programme et qu’on est élu, le respect pour les électeurs, c’est de tenir le programme pour lequel on est élu.

VIDEO. Philippe Martinez : «La CGT ne doit pas donner de consigne de vote»

L’HOMME

SABRINA ALLAGUE. Quel est votre salaire ?

Je gagne 2 900 € net par mois. C’est le salaire que j’avais chez Renault. Je n’ai pas eu d’augmentation individuelle depuis 2000.

JEAN-SIMON MEYER. Quel est votre métier ?

Je suis technicien supérieur. J’ai démarré dans l’approvisionnement entre les usines d’Espagne et l’usine française. Ça a même été un premier sujet de conflit, parce qu’il y avait des primes quand on parlait une langue. Mais manque de pot, quand je suis arrivé, ils m’ont dit que c’est valable pour les vieux mais pas pour les jeunes ! Vous avez un logement de fonction, comme Thierry Le Paon ? Non, j’ai un appartement que je n’ai pas fini de payer.

LE CLIMAT DE VIOLENCE

STÉPHANE WULLEMAN. Depuis le début de la grève, avez-vous reçu des menaces ?

Oui, je dois faire un peu attention. Quelques bandes organisées envoient des courriers, avec Philippe Martinez au bout d’une corde ou « on aura ta peau ». Au bureau, les insultes pleuvent sur les standardistes et plusieurs dirigeants ont reçu des lettres anonymes avec des cercueils.

Vous ne pensez pas que c’est vous qui faites peur aussi ?

Certains entretiennent cette peur. Quand Pierre Gattaz nous traite de terroristes, ça ne fait pas rêver. Il faut arrêter d’entretenir l’idée selon laquelle le délégué CGT est là pour mettre le bordel. On a de très bonnes relations avec des patrons de PME. Je vous rappelle que l’Union professionnelle des artisans et la Confédérations générale des petites et moyennes entreprises sont aussi contre l’article 2 de la loi Travail.

Vous parliez de poids des mots. J’ai moi-même été syndiqué, mais j’ai été très choqué de la violence des tracts de la CGT contre la police...

J’ai réagi. J’ai même dit publiquement que la deuxième fois où cela a eu lieu, c’était une fois de trop. C’était une erreur. Sur la première affiche, nous avons dit qu’il fallait dénoncer toutes les violences. D’où qu’elles viennent. Il y a des vidéos sur Internet montrant que des gens ont été bousculés par la police. Nous avons dit aussi qu’il y avait un problème d’effectifs dans les services publics. Et la police est un service public. On y a supprimé 13 000 emplois et, malgré ce que dit le ministre de l’Intérieur, on n’a pas compensé toutes ces réductions d’effectifs.

Publié dans La Presse

Après le 11 JANVIER 2015 :

VIVRE ENSEMBLE, TRAVAILLER ENSEMBLE…

Texte commun et engagements partagés des organisations syndicales CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, UNSA, FSU et Solidaires.

 

 

Après les terribles événements du mois de janvier qui ont visé le journal Charlie Hebdo, des policiers et le magasin Hyper-Cacher, les organisations syndicales entendent prendre la pleine mesure de ce qui s’est passé, tant le 7 et le 9 que les 10 et 11 janvier 2015. Après avoir réagi ensemble et contribué à la mobilisation citoyenne, elles ont décidé d’engager un travail commun nouveau dont ce texte partagé est la première traduction.

Cette contribution ne prétend pas effacer les sensibilités différentes qui s’expriment dans chacune des organisations à partir de leur histoire, de leurs orientations et de leurs positionnements revendicatifs. Le mouvement syndical, riche de cette diversité, est constitutif d’une société démocratique. Il se retrouve sur les valeurs essentielles que sont l’égalité, la fraternité, la solidarité, le respect des droits de l’Homme et les libertés. Son action est inconciliable avec toute logique discriminatoire, sexiste, raciste ou antisémite.

C’est dans cet esprit que le mouvement syndical, avec tous ceux qui croient à l’action citoyenne et collective, veut assumer son rôle. Dans le monde du travail, là où elles puisent leur légitimité, les organisations syndicales veulent contribuer à tisser le lien social, à refonder des solidarités nouvelles, à redonner confiance et espoir à ceux qui travaillent, parfois durement, et qui craignent pour leur avenir. Nous devons continuer à aller au-devant de ceux qui ne demandent qu’à rejoindre cet univers de travail pour stabiliser leurs vies et leurs lendemains, pour se sentir, tous, pleinement dans la communauté nationale et contribuer à son développement.

Parce qu’elles partagent des principes républicains et des valeurs démocratiques communes, les organisations syndicales s’engagent à agir, ensemble, au-delà de leurs différences, afin que le « vivre ensemble » ait un sens pour chaque concitoyen(ne).

Ce texte est structuré en cinq chapitres qui chacun aborde un aspect de ce positionnement collectif. Il ne prétend pas à l’exhaustivité mais constitue un socle commun sur les valeurs et les pratiques sur lesquelles se rejoignent et doivent s’engager les militantes et militants des différents syndicats contributeurs.

 

 

1 - L’emploi et le travail : « Des facteurs essentiels d’émancipation et d’intégration sociale » 

L'emploi constitue un élément essentiel de l’insertion sociale, pour l’autonomie et l'indépendance des personnes, pour leur assurer les moyens matériels d’existence par le salaire comme la protection sociale qu’il génère. A ce titre, le travail tient une place centrale dans notre société. Il permet la construction de rapports humains, de liens sociaux, de solidarité entre personnes qui partagent une situation commune et agissent ensemble. Les organisations syndicales, au plus proches des salarié(e)s, sont à leur service, pour entendre leurs aspirations, les traduire en revendications, proposer, construire le rapport de force. Le travail est source de socialisation, de culture commune et d’émancipation autour d’un projet collectif. Il est aussi un espace de confrontation, de luttes où s’opposent des intérêts contradictoires sur les questions d’emploi, de salaires et de conditions de travail entre les salarié(e)s et leur employeur. L’action syndicale contribue ainsi à rapprocher, unir les salariés au-delà de leurs différences pour rechercher l’intérêt commun.

L’emploi doit être source d’intégration et de reconnaissance dans la société. La situation est pourtant différente en fonction des métiers et des activités qui pour certaines sont porteuses d’inégalités et de conditions de travail dégradées.  Ces secteurs professionnels marqués par la présence massive de femmes ou de travailleuses et travailleurs d’origine étrangère (sous-traitance, secteur du bâtiment, services à la personne, nettoyage ou emplois de sécurité…) sont généralement les plus ouverts aux personnes sans diplômes ou peu qualifiés et enferment ces salariés dans l’instabilité durable et l’insécurité sociale.

D’autres populations peinent à trouver leur place dans l’emploi et souffrent donc de précarité et d’insécurité.

Les plus jeunes et les plus âgés apparaissent comme des populations devenues « variables d’ajustement » autour d’une catégorie d’âges moyens où se concentrent, pour ceux qui sont en emploi, l’intensification du travail et de fortes attentes de performances immédiates.

Les personnes que l’on qualifie de « seniors », les plus âgées dans le monde du travail, sont particulièrement touchées par le chômage, voire par des situations d’exclusion liées à des formes de discrimination en raison de leur situation physique ou à des préjugés générationnels.

Dans le même temps, de plus en plus de jeunes peinent à entrer dans la vie active, à bénéficier de choix en matière d’insertion personnelle et professionnelle, à se construire des perspectives d’avenir et à vivre décemment au quotidien.

La permanence d’un chômage élevé et de longue durée, combiné à une précarité très importante, à des discriminations à l’embauche liées en particulier à l’origine, au nom, au lieu d’habitation sont autant d’obstacles à l’intégration de ces jeunes et constituent un défi à relever. Nos organisations syndicales doivent s’engager dans ce combat et davantage être à l’écoute de cette jeunesse qui ne se reconnaît pas toujours dans nos discours et nos formes d’actions.

Au-delà de ces constats, des évolutions en matière d’intensification et de souffrance au travail, les modifications incessantes de son organisation, l’éclatement des collectifs de travail mettent à mal l’aspect intégrateur et valorisant du travail pour de nombreux salariés – femmes et hommes - quels que soient le secteur professionnel et les qualifications.

L’attachement au travail et la reconnaissance sociale induite par l’emploi restent des sentiments forts mais sont menacés dans la conscience collective par la précarité et des formes de travail insatisfaisantes. Face à cette situation, les militantes et militants syndicaux agissent :

  • Pour faire de l’emploi pérenne et stable, ainsi que de la formation professionnelle continue, des droits apportant à chacun les moyens de l’autonomie, c’est-à-dire la faculté de se nourrir, se loger, se soigner, se cultiver, se déplacer, assurer son avenir et celui de ses proches.
  • Pour un partage des temps de vie et de travail qui permette tout au long de la vie l’épanouissement personnel et familial, l’éducation et le développement individuel, l’engagement associatif et citoyen ainsi que le droit de bénéficier d’une retraite décente et garantie.
  • Pour restituer au travail son caractère émancipateur et valorisant en desserrant l’étau de son intensification pour lui redonner sens et faire des entreprises, administrations et associations des lieux de droits réels offrant à chacun des espaces d’expression et d’échanges.
  • Pour un juste partage des richesses produites assurant des rémunérations satisfaisantes, des politiques d’investissements, de recherche et d’innovation sources de créations d’emplois et respectueuses des exigences sociales et environnementales dans notre pays comme dans le cadre des échanges internationaux.
  • Pour une action déterminée en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre toutes les formes de discriminations.
  • Pour mettre le patronat et le gouvernement face à leurs responsabilités.

 

2 - Agir contre les discriminations à l’embauche et au travail. « Des préjugés au racisme et à l’exclusion, les chemins de l’inacceptable »


Diverses formes de discriminations peuvent affecter potentiellement tout citoyen pour accéder à l’emploi ou pour permettre une évolution de carrière normale.

Le cadre juridique de la lutte contre les discriminations a évolué positivement en France du fait notamment de l’action européenne (deux directives adoptées en 2000 en sont l’illustration : la directive 2000/43/CE du Conseil du 29 juin 2000 relative à la mise en œuvre du principe de l'égalité de traitement entre les personnes sans distinction de race ou d'origine ethnique et la Directive 2000/78/CE du Conseil du 27 novembre 2000 portant création d'un cadre général en faveur de l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail) et d’un « programme d’action de lutte contre toute discrimination directe ou indirecte fondée sur la race ou l’origine ethnique, la religion, ou les convictions, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle ».

De fait, de nombreux textes nationaux ou européens, légaux ou contractuels, existent et constituent une base permettant de combattre les préjugés et les discriminations. Cet arsenal utile souffre cependant d’insuffisances et, parfois de manque d’opérationnalité et d’évaluation.

Des difficultés pour mesurer la diversité et l’efficacité de l’action restent présentes. Par exemple, une « Charte de la diversité » d’initiative privée a été signée en 2004 et continue à être proposée à l’adhésion volontaire aux entreprises. Cette charte a inspiré un « Label Diversité » créé à la demande de l’Etat afin de lui donner davantage de substance et formaliser des agréments par un jury incluant des représentants des organisations syndicales. Ce label est délivré, sur la base d’un cahier des charges édicté par AFNOR par une Certification valable pour une durée de 4 ans (200 entreprises du secteur public comme du secteur privé en bénéficient à ce jour). Ce Label constitue une incitation pour les entreprises et les administrations publiques à s’engager dans l’action pour l’égalité. On en voit pourtant les limites par son caractère basé sur le volontariat et ses contours incertains qui mêlent indistinctement actions pour l’égalité professionnelle, maintien en emploi des séniors et lutte contre les discriminations liées à l’origine ou aux préférences sexuelles.

De la même manière, l’accord national interprofessionnel en faveur de la diversité signé en 2006 par une large majorité d’organisations syndicales était censé faire entrer de plain-pied la lutte contre les discriminations liées à l’origine réelle ou supposée dans le champ du dialogue social au sein des branches et des entreprises ainsi que des institutions représentatives du personnel. Cet accord étendu par la loi a produit au moment de sa mise en œuvre une dynamique réelle mais qui s’est rapidement épuisée. Le contenu de l’accord reste pertinent mais l’absence de volonté patronale d’assurer sa vie, sa mise en œuvre et son suivi ainsi que le refus réitéré d’évaluer les expérimentations prévues (par exemple en matière de CV anonymes) aboutissent à un bilan mitigé.

Les voies de recours pour agir contre les discriminations au travail font actuellement l’objet d’une concertation avec les ministères du travail et de la ville. Là encore, la règlementation existante nécessite d’être renforcée par des actions juridiques préventives en cas de suspicion de discrimination. Dans ce cadre, les organisations syndicales doivent avoir toute légitimité à ester en justice. En matière de réparation de préjudice, l’introduction d’une action collective à l’initiative des organisations syndicales et des associations agréées en matière de lutte contre le racisme et d’autre formes de discriminations ouvre de nouvelles perspectives permettant un recours plus aisé à des procédures judiciaires.

Que ce soit dans les entreprises privées ou dans le secteur public, la problématique des discriminations à l’embauche et en cours de carrière est la même. Les organisations syndicales sont mobilisées pour traiter ce problème et proposent d’ores et déjà des mesures qu’elles porteront devant tous les décideurs. Les militantes et les militants syndicaux agissent :

  • Pour une révision de l’ANI diversité de 2006 telle que prévue par l’agenda social adopté le 23 février 2015 et vers une nouvelle dynamique de mise en œuvre dans les branches et entreprises.
  • Pour des dispositifs améliorés en matière de Label diversité et une approche ciblée des diverses formes de discrimination.
  • Pour la mise en place dans le privé comme dans le public de « référents diversité ».
  • Pour la mise en place d’indicateurs précis en matière de recrutement et de ses modalités ainsi que sur les politiques de promotion et d’évolution de carrière.
  • Pour la mise en place de voies de recours juridiques aisées, efficaces et rapides en cas de situation avérée de discrimination de tout type.
  • Pour un partage des informations détenues par les employeurs respectant la confidentialité des personnes

 

3 - Agir dans les cités, les quartiers, les villes et les villages : « Vivre ensemble dans le respect et le bien-être »

Le développement de politiques sociales et éducatives va de pair avec un développement des services publics et une politique d’aménagement du territoire, réfléchie et cohérente, qui prennent en compte l’intérêt des citoyens.

Une politique du logement avec des moyens plus conséquents de l’Etat afin de mettre fin à l’habitat indigne et la concentration de personnes en difficultés dans les mêmes quartiers est aussi indispensable pour un réel vivre ensemble.

Il faut une politique qui permette rapidement et réellement de loger tous ceux qui en ont le besoin, y compris les sans-abris, ceci sans aucune discrimination.

Pour ce faire, il est nécessaire de redonner du sens et des moyens aux acteurs sociaux et éducatifs qui travaillent avec les familles dans l’objectif de permettre à tous une vie décente et harmonieuse.

La politique de transport et d’aménagement des territoires doit mieux servir tous les quartiers, cités, villages qui pour des raisons d’éloignement vivent une véritable injustice. La politique de la ville doit accentuer le développement des interventions d’équipes éducatives et sociales pour franchir les étapes vers le vivre ensemble et ne pas tomber dans le tout sécuritaire.

La lutte contre la précarité énergétique et pour un environnement humain et durable doit se traduire par une amélioration de l’habitat, de l’isolement thermique et de l’accès aux réseaux numériques. La fin des coupures d’eau, de chauffage ou d’électricité pour les usagers en graves difficultés économiques est un impératif humanitaire.

La politique culturelle et associative doit être développée dans un sens progressiste et social. Le sport, les activités culturelles et associatives, l’art sous toutes ses formes, sont les meilleurs remparts contre les manipulations et les idéologies sectaires et intolérantes.

Les périphéries urbaines, les zones rurales connaissent une forte relégation sociale, qui impacte durement les salariés et leur famille devenant ainsi une des cibles pour les organisations politiques, religieuses, sectaires prônant le populisme, le repli sur soi et le rejet de l’autre.

Le syndicalisme peut, avec d’autres acteurs locaux, favoriser la compréhension entre les habitants et salariés des différents territoires de vie en contribuant à développer les notions de partage, d’échanges d’expériences et de connaissances.

La présence en proximité des syndicats comme des associations avec des moyens nécessaires sont des préalables au maintien de notre République laïque, démocratique, sociale  et de ses principes d’égalité, de liberté et de fraternité.

Les militantes et militants syndicaux agissent :

  • Pour le développement d’initiatives dans les territoires ayant l’intérêt de réunir les salariés et les citoyens dans un esprit de connaissance et de partage.
  • Pour des services publics au bénéfice de tous sans aucune distinction.
  • Pour une politique d’entretien et de développement de logements décents et contribuant au respect de l’environnement.
  • Pour l’effectivité et le développement des droits des personnes discriminées et/ ou en situation de détresse.
  • Pour le respect et le développement de la tolérance dans et hors des entreprises.

 

4- Education, école : « Les parcours de la citoyenneté : On ne nait pas citoyen, on le devient ».

La construction de la citoyenneté se fait tout au long de la vie, elle concerne les jeunes mais aussi les adultes. Elle implique l’école mais aussi l’éducation populaire dont le mouvement syndical est l’un des acteurs majeurs.

Une telle construction ne se fait pas en une seule étape. Il s'agit d'un processus de formation. Être citoyen, c'est être reconnu comme membre d'une société et pouvoir participer à sa vie politique et économique.

Être citoyen, c'est avoir des droits (droit à l'éducation, au travail, à la protection sociale, aux libertés, aux droits fondamentaux...) mais aussi des obligations (respect de ces droits par exemple).

L’école a un rôle déterminant à jouer. Elle doit donc faire l'objet de débats afin de définir un projet d’école le plus consensuel possible. Le défi éducatif majeur est de surmonter la corrélation existante entre inégalités scolaires et inégalités sociales particulièrement fortes dans notre système éducatif et qui parfois se conjuguent avec des inégalités territoriales. Réussite de tous les élèves, fin des sorties sans qualification et élévation du niveau de formation, lutte contre les difficultés scolaires, contre toute forme de discrimination, pour l'égalité filles/garçons...autant de sujets qui contribuent à la construction de la citoyenneté. Mais si l'éducation et les enseignements que dispense l’école se trouvent en totale contradiction avec ce que dit et fait la société, l’école risque d’être impuissante.

L’école, les différents lieux de formation formelle comme informelle, la famille, les institutions doivent parler des mêmes choses. Car l'apprentissage sera difficile voire voué à l'échec si les jeunes sont sommés de choisir entre la culture scolaire ou associative et celle de leur famille. D’où l'importance d'un partage du projet de l’école qui ne peut s'adosser qu'à un projet de société dont les valeurs et principes font culture commune dans la société.

Les militantes et militants syndicaux agissent :

  • Pour      une école de la réussite de tous les jeunes ;
  • Pour      une école qui développe, en lien avec la recherche, l'esprit critique, les savoirs et les compétences pour permettre à      chacun de réaliser son projet, de développer sa vie personnelle et      professionnelle ;
  • Pour      une école au cœur de l’égalité et des luttes contre les discriminations ;
  • Pour permettre à tous les personnels de mener à bien      leurs missions.

 

5 - Laïcité au travail : « La liberté dans le respect mutuel »

Lutter contre les discriminations, c’est aussi et surtout comprendre et respecter l’autre. La République laïque garantit la liberté de conscience et d’opinion à chacun. Elle protège le citoyen dans sa liberté de croire ou de ne pas croire, et empêche toute institution religieuse de faire loi. La laïcité, c’est la recherche du respect de toutes les convictions et pratiques religieuses, dans la limite de l’ordre public et de toutes les libertés. Elle produit un modèle du vivre-ensemble où chacun doit respecter autrui dans son identité citoyenne, et dans ses croyances ou convictions.

Le « vivre ensemble » dans l’entreprise et dans les services publics est parfois bousculé par des revendications ou des pratiques religieuses qui provoquent des tensions. Même s’il revient aux dirigeants de l’entreprise de créer les conditions de ce « vivre ensemble », les militantes et les militants syndicaux sont interpellés et concernés.

Afin de garantir le vivre ensemble au-delà des différences, les militantes et les militants syndicaux agissent :

  • Pour une meilleure information sur les lois et règlements en la matière, et l’application des textes en vigueur.
  • Pour la liberté de vivre ses convictions dans le respect mutuel.
  • Pour l’instauration d’un dialogue quand des tensions apparaissent, pour trouver des réponses respectueuses de chacun dans le respect du droit.
  • Pour que des revendications à caractère religieux appellent des réponses syndicales « universelles », qui bénéficient à tous les salariés quelles que soient leurs convictions.
  • Pour le refus de tout prosélytisme et de toute action syndicale qui reposerait sur des revendications communautaires.
  • Pour un refus total des dérives comportementales excluantes ou discriminatoires (mépris, refus de saluer, refus de mixité, occupation d’espaces communs pour des pratiques religieuses excluant les non-pratiquants…) entre collègues mais aussi de la part ou vis-à-vis du public accueilli.

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Militer résolument pour les valeurs du syndicalisme et les principes républicains.

Agir contre le racisme, l’antisémitisme, les discriminations, le fondamentalisme et toutes les formes de totalitarisme

La montée des populismes, des idées d’extrême droite, de la xénophobie, des sectarismes et des fondamentalismes est une réalité extrêmement inquiétante dans toute l’Europe et notamment en France. En effet, ces dérives n’apporteront aucune solution à la grave crise financière, économique, sociale et politique que nous traversons. Bien au contraire, l’histoire nous enseigne que l’exclusion, le rejet de l’autre, le repli de la France sur elle-même ou la fermeture des frontières, la désignation de boucs émissaires, la dénonciation de l’immigration comme responsable de tous les maux sont des attitudes qui ne peuvent conduire qu’à la division, à l’affrontement et à l’échec.

Le mouvement syndical est bien conscient que nombre de chômeuses et de chômeurs, de travailleuses et de travailleurs confrontés aux dures réalités du quotidien, se laissent parfois tenter par ces idées nauséabondes. La situation sociale est grave. Le chômage, toutes catégories confondues, frappe plus de 5 millions de nos concitoyens, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté s’élève à 8,5 millions, la précarité gagne du terrain, les conditions de travail se dégradent et les inégalités s’accroissent. Cela survient dans un contexte également caractérisé par des scandales politiques et financiers, une multiplication d’exemples de fraudes et d’évasions fiscales qui mettent à mal les valeurs de la République et ne font qu’amplifier le sentiment d’injustice, d’abandon et encouragent le chacun pour soi. La crise morale est aussi une donnée fondamentale du climat actuel.

Mais notre pays possède aussi des atouts et des raisons d’espérer que nous voulons promouvoir à travers les actions et les stratégies que nous développons dans la diversité de nos sensibilités.

Les organisations syndicales qui partagent des principes et des valeurs communes ont décidé de travailler ensemble pour s’opposer à la fois à la montée du populisme, de l’extrême droite et de ses idées, de la xénophobie, du sectarisme et du fondamentalisme, mais aussi pour rechercher et exiger des réponses à la crise économique et sociale.

Parce que nous croyons en un avenir partagé et pacifique, nous voulons rester fidèle à ce que certains appellent l’esprit du 11 janvier. La crise n’est pas une fatalité. Il faut relancer l’économie, créer des emplois de qualité notamment pour les jeunes et les seniors, soutenir le pouvoir d’achat, maintenir notre protection sociale, lutter contre les inégalités et garantir l’égalité des droits. Il faut développer le dialogue social, les libertés syndicales et exiger du patronat des contreparties aux subventions accordées aux entreprises. En aucun cas ces aides publiques ne doivent servir à augmenter les dividendes versés aux actionnaires. Avec la Confédération Européenne des Syndicats, nous revendiquons un grand plan d’investissement européen et des mesures fortes pour mettre un terme au dumping social et fiscal.

Notre action est portée par les valeurs de paix et de fraternité qui sont celles du syndicalisme au cœur desquelles figurent la solidarité entre tous les salarié-es et la lutte contre toutes les formes de discrimination. Mais la solidarité ne peut pas être invoquée uniquement dans les périodes dramatiques, elle doit être un souci quotidien pour entretenir le sentiment d’appartenance à la communauté humaine ici et dans le monde.

Nous appelons toutes nos adhérent-es et et toutes nos militant-es mais au-delà toutes les travailleuses et tous les travailleurs à se rassembler dans les entreprises pour barrer la route au populisme, aux idées d’extrême droite et à la démagogie, et militer résolument pour les valeurs du syndicalisme et des principes républicains.

C’est par ce combat porteur d’avenir que nous renforcerons le « vivre et le travailler ensemble » dans les entreprises, les administrations et sur les territoires.

Publié dans La Presse